Les croquemitaines en Vallée d’Aoste: de la peur au jeu

tiré du “Le Monde Alpin et Rhodanien”, C.A.R.E., Grenoble, 1998.

Cette communication est le résultat d’une enquête menée expressément en Vallée d’Aoste, sur un sujet qui n’a jamais fait l’objet d’études parti­culières sur notre territoire. Les croquemitaines ne sont en effet signa­lés que par quelques rares allusions dans les articles ou ouvrages consacrés aux différents aspects de la tradition locale (1)Voir quelques titres en bibliographie.. Les enquêteurs, qui ont conduit leur recherche dans leur propre commune, ont choisi pour témoins des personnes âgées, patoisantes, pouvant être l’expression de cette société rurale qui a fonc­tionné en Vallée d’Aoste jusque vers la fin des années 60 et reste encore vivante de nos jours, malgré les changement profonds intervenus au cours de ce dernier quart de siècle (2)Ces communes recouvrent l’ensemble de la Vallée bien que l’échantillonnage ait été fait en fonc­tion des collaborateurs disponibles et non pas à partir d’un découpage territorial préalable. Les consignes données aux enquêteurs étaient simples : au cours d’un entretien, il s’agissait de recenser les noms, demander une description du croquemitaine, recueillir une phraséologie en patois, repé­rer dans quelle occasion on en parlait et pourquoi.. Notons que les peurs « modernes » ont été exclues de cette en­quête, ce qui ne signifie pas, bien entendu, qu’elles soient inintéressantes.

Les enquêteurs furent tout d’abord découragés par les résultats : les témoins disaient tout d’abord qu’« ils ne se rappelaient pas », puis les réponses qu’ils four­nissaient pouvaient paraître banales ou pauvres, et surtout trop liées à la vie in­time de la famille. En réalité, la moisson a été intéressante et semble confirmer les résultats d’autres enquêtes, tout particulièrement celles de Charles Joisten menées en Savoie et en Dauphiné (3)Cf. A. JOISTEN et C. ABRY, 1995, pp. 253-268. La présentation de notre enquête s’est inspirée, dans la mesure du possible, de celle de ce volume. Le Monde alpin et rhodanien, 2e-4° trimestres 1998. Les croquemitaines. Faire peur et éduquer, pp. 57à. L’inventaire des croquemitaines « valdô­tains » nous les montre extrêmement variés, soit dans les noms, soit dans les des­criptions. Certains d’entre eux sont attestés anciennement, d’autres sont probablement récents et propres à une seule famille. Enfin les être fantastiques traditionnels jouent souvent aussi le rôle de croquemitaines fantastiques traditionnels

DES «MÈRES » QUI SONT DE MÉCHANTES BÊTES

Les « mères » de la Vallée d’Aoste sont essentiellement liées au monde animal on parle de la màe di lizarde (des lézards), di bouye (des serpents), di motèile” (des hermines), di-z-aagnè (des araignées). Elles sont une sorte de prototype de la bête, mais plus grandes, plus méchantes, plus dangereuses. Les animaux exception faite pour les lézards, sont – à tort ou à raison – considérés comme ve­nimeux. Ces croquemitaines sont évoqués pour tout interdit existant ou qu’on veut établir.

LA TÊTE, LA MAIN

Une tarta roussa (tête rousse) à Gaby (4)Cf. J. STÉvE.’tN, 1990, pp. 45-46: La Tihta Roussa., une téta rossa également, à Étroubles, terrorisent les petits voleurs de beurre en sortant du doille, vase où l’on met le beurre fondu à la cave. Des têtes de morts dansent près des alpages de la Clava­lité à Fénis pour décourager les sorties nocturnes des petits bergers, et une main, toujours rousse, est évoquée à Cogne (5)A Gaby, la Wasser-Lüra (la patte noire), palmée comme  celle d’un canard, s’allonge hors de l’eau pour saisir et entraîner les enfants dans le torrent de Niel (ibid. p. 47)..

MENDIANTS, MIGRANTS ET MÉTIERS INQUIÉTANTS

Les mendiants sont souvent évoqués, et presque toujours personnalisés. Ils s’agissait souvent de véritables mendiants que les enfants connaissaient, les ayant vus rôdant dans les rues du village ou hébergés dans les étables les plus ac­cueillantes. Il y avait à Fénis lo pé-on (littéralement: « le piéçon », par extension l’homme rapiécé) – le même personnage appelé cent pesson (« en cent pièces ») à Verrayes et Barbarasse à Quart. Dans la plupart des communes enquêtées, plusieurs autres sont désignés par leur nom ou par un sobriquet.

Il est très fréquent que le rôle de croquemitaine soit joué par ceux qui exercent des métiers qui les font voyager comme lo martchàn (le marchand), lo magneun (le chaudronnier), lo pateun-é (le chiffonnier) ou  l’ommo di besatse (le muletier), dont les besaces nous font aussi penser à l’« homme au sac» qui capture et em­porte les enfants désobéissants – ou par des nomades : le tseungro (les gitans) le morgàn (les vagabonds). Assez curieuse est l’attestation de Verrayes où trouvons une chouisse (Suissesse).

Une informatrice de Verrayes nous dit que quand elle était  petite, sa mère pour convaincre elle et ses frères de se débarbouiller le matin,  leur disait que le magnén (le rétameur), ayant perdu ses enfants, allait venir  les chercher:  si il rencontrait des petits à la figure sale, il les ramassait en croyant  que c’étaient les siens.

Ceux qui exercent des métiers peu communs s’ajoutent à la liste : lo naguet (le fossoyeur), le carabegné (le carabinier) ou lo tsampé (le garde-champêtre). Tous ces hommes redoutables emportaient généralement les enfants (6)Nous avons recueilli à Courmayeur la seule attestation, sans autre précision, du nom croquemitaine, féminin cependant. En l’absence de toute description, on ne peut savoir s’il est de la grande famil­le des personnages portant ce nom munis de sacs (comme, en particulier, en Suisse) ou s’il se rattache au petit ensemble des croquemitaines munis de crochets (comme dans une partie des Hautes-Alpes) .

ANIMAUX RÉELS OU IMAGINAIRES

Les animaux, réels ou imaginaires, sont particulièrement nombreux : le loup le renard d’abord, animaux nocturnes qui peuplaient les endroits dangereux et dévoraient les jambes des enfants désobéissants (Courmayeur, Rhêmes­ Notre-Dame, Valgrisenche, Verrayes, Oyace) ; le rat, qui rongeait les doigts que les enfants imprudents faufilaient dans les fissures et dans les tiroirs ou bien les orteils des enfants marchant nu-pieds ; le mouton noir (Rhêmes-Notre-Dame), qui châtiait les enfants méchants ; l’aigle (Valgrisenche et Saint-Marcel) qui em­portait les bébés lorsque les enfants un peu plus grands relâchaient leur sur­veillance : pendant la saison des foins les mères emmenaient les bébés dans les champs et les confiaient à la garde des frères et soeurs pendant qu’elles vaquaient leurs travaux.

Il y a aussi les poux qui dévoraient les enfants sales refusant de se laver: “Aryòn le pioù, fan pe an londze tsé-a é te porton pe ba eun Djouiye » (les poux ar­rivent, formeront une longue chaîne et te jetteront dans la Doire) ; ou ceux qui, malgré l’interdiction, mangeaient des châtaignes crues : « Crou crou tsaque tsa­tagne 30 piòu ! » (crou, crou, chaque châtaigne trente poux). Cette interdiction était liée à la croyance très répandue que la consommation de châtaignes crues est à l’origine du goitre.

Ajoutons qu’en buvant l’eau des ruisseaux, on peut avaler un bouyón (petit de serpent) qui grossira dans le ventre (7)Cf un récit de Valsavarenche dans L. PHILIPPOT, 1996, p. 117..

Parmi les animaux imaginaires il y a la tsapletta (Allein, Saint-Marcel), femme­ qui coupait les vêtement des enfants méchants. A Allein, pour calmer les enfants turbulents, les parents disaient : « Veun poue la tsapletta et te tsaple poui tri, tri… » (la tsapletta viendra et te coupera : tri, tri, tri…). La bécouye (Verrayes) était un oiseau nocturne qui emportait les enfants et le tcheun-tcheun reilleu­

(Verrayes), un oiseau railleur : quand un enfant ne finissait pas son as­siette, on lui disait que l’oiseau viendrait se poser sur la fenêtre et chanter  tcheun tcheun reilleu afin que tout le voisinage le sache. Décidément plus mena­çant l’avertissement donné par le pénsón (pinson) à Brissogne, où cet oiseau chantait « Tcheu, tcheu, tcheu, tcheu, le méinoù que plaouon le tchouéro tcheut » (tous les enfants qui pleurent, je les tue tous) (8)D’après Tobie Deval. Le même témoin donnait la tsapletta, ainsi que la paillasse– que l’on verra plus loin – comme des peurs pour adultes ou jeunes gens (pour ces peurs, voir plus bas). Cf A. BÉTEMPS et L. PHILIPPOT, 1992, pp. 263-265..

L’OBJET CROQUEMITAINE

Le croquemitaine en Vallée d’Aoste n’est pas nécessairement un être vivant. À Courmayeur, à côté de l’oiseau railleur, on évoquait la trèn pala (le trident-pelle) pour épouvanter les enfants qui foulaient les prés non encore fauchés : « Fa pa tsarpihé lé pra pe la resta areuve la tren pala » (il ne faut pas fouler les pré, sinon la tren pala arrive…) (9)La trèn pala est un objet imaginaire. C’est la synthèse de deux outils, le trident et la pelle, qui ne sont pas particulièrement liés aux travaux des prés. Le seul rapport des ces deux outils  avec les prés pourrait être l’action de répandre le fumier.

À Verrayes, nous trouvons lo batòn reula (bâton roulant), sorte de bâton ma­gique qui frappe les enfants désobéissants et, à Cogne, lo déabé, sorte de branches de conifère (cf plus loin). À Saint-Marcel, l’ombra dou gran tséno (l’ombre du grand chêne) invite les enfants à s’endormir.

À Fénis, on cache les enfants méchants dans la iterna (la citerne) ; la iterna était un grand trou dans la cave utilisé pour la conservation des légumes pen­dant la mauvaise saison. À Valgrisenche, les enfants peuvent être enfermés dam la tsambra borgna (la chambre borgne), pièce sans fenêtres servant de remise.

La paillasse, à Arnad et Brissogne, est une sorte d’objet volant (10)Pour un autre « objet volant non identifié », voir la « chose (an baga) qui avançait à travers les prés mais ne touchait pas terre » dans les «Trois récits légendaires du Val d’Aoste dits par Palmyre Bal» (A. V.A.S., Le Monde alpin et rhodanien, n’4, 1994, pp. 43-55, voir p. 51)..

À Verrayes et Saint-Marcel, c’est la la naoa, faite de bruits terrifiants et mysté­rieux qui nous font penser à la synagogue, cette assemblée nocturne maléfique (11)Sur la synagogue, cf A. BÉTEMPS et L. PHILIPPOT, 1992. [La forme naoa semble pouvoir être rap­prochée d’un ensemble d’autres formes parentes lorsqu’on saura qu’à Verrayes et Saint-Marcel, le r intervocalique disparaît (parèn « parent » donne paèn). Cette na(r)oasous forme de – sabbat » bruyant viendrait ainsi étoffer un ensemble d’attestations très sporadiques : en Savoie,  après son émergence comme Naroues ou « Parques » dans l’oeuvre du poète de la Renaissance, Mas Claude de Buttet, la naroua est un croquemitaine cérémoniel (ou Spinnstubenfrau) de harte Ta­rentaise, que nous avons pu récemment retrouver en Piémont, dans le haut Val Varaita: la  nuruo). Tandis que les naroves du Jura du Rhône, dont nous avons établi le terrain en Valromey, sont bien des êtres sauvages. (Cf., ce dernier lieu, Chr. ABRY et A. JOISTEN, « Émergences de l’eau à travers quelques récits de croyances aux êtres fantastiques en Savoie, Dauphiné et  Piémont; Studium et Museum. Mélanges Édouard Remouchamp, Liège, Éditions du Musée de la Vie Wallonne, 1996, pp. 155-168, cf. 163-167). N.D.L.R.].

MENACES POUR LES PLUS GRANDS

Lo déabé et la paillasse ne terrorisent pas seulement les enfants : ils sont aussi utilisés pour provoquer la crainte chez les jeunes gens, ainsi que la bétche de Tsanterì (la bête de Champthéry) à Saint-Nicolas et à Rhêmes-Notre-Dame.

Le déabé- darbé dans les patois des alentours – est, à Cogne, le protagoniste d’un récit complexe: les voyageurs nocturnes, rencontraient souvent près du pré de Saint-Ours, une branche de conifère animée qui les poursuivait. Une nuit, un Cognein plus courageux que les autres frappe ce darbé d’un coup de bâton. Quelle ne fut pas sa surprise, le lendemain, de rencontrer le curé avec un bras cassé ! Quant à la paillasse, à Arnad et à Brissogne, elle renverse les « riboteurs » de retour à la maison.

Sur la bétche de Tsantérì, on raconte à Rhêmes-Saint-Georges qu’un animal mystérieux, semblable à un oiseau, une nuit, se posa sur l’épaule d’un voyageur. L’homme s’immobilisa jusqu’à ce que l’animal ne s’envole vers le bois. Plusieurs ha­bitants de Rhêmes soutiennent aussi avoir entendu la nuit des cris ou des chants attribués à cette « bête ».

ÊTRES FANTASTIQUES DEVENUS CROQUEMITAINES

C’est tout un éventail d êtres fantastiques que nous retrouvons utilisés comme croquemitaines : les esprits follets à Aymavilles et Oyace, les âmes en peine à Oyace et à Saint-Marcel, la synagogue à Torgnon, Saint-Marcel et Courmayeur, la fantoma (épouvantail) à Allein, le diable à Torgnon, Verrayes et Rhêmes­Notre-Dame. Et le soir, avant de se coucher, on recommandait aux enfants de pas oublier la prière à l’Ange gardien, sinon le diable ou les mauvais esprits vien­draient les emporter

 

LE BABAO: DE LA PEUJR,

AU JEU QUI APPREND À NE PLUS AVOIR PEUR

Le babao est un croquemitaine indéfini qui terrorise les enfants. Son nom varie selon des coommunes : barbàn à Verrayes et Torgnon, berguèn à Cogne, babàn à La Salle, baraco à Villeneuve et à Introd, babaou à Brissogne, begàn à Châtillon. Cet être était évoqué par les adultes quand les enfants s’éloignaient de l’endroit où ils pouvaient être surveillés, pour les décourager de sortir la nuit, pour les obliger à manger, etc

Mais, comme faire peur, ce peut être aussi naturellement jouer à faire peur, le babao pouvait aussi être le protagoniste de jeux avec les parents, comme d’ailleurs d’autres croquemitaines. Voici, à ce propos, ce qu’on faisait à Verrayes pour faire rire les enfants d’environ 10-15 mois. L’adulte cachait sa figure avec un linge et disait : “barbàn, barbàn ! » en altérant quelque peu sa voix. Il ôtait ensuite le linge pour se faire reconnaître de l’enfant. Le jeu cessait lorsque le bébé apprenait à enlever lui même le linge couvrant le visage de l’adulte.

Un autre jeu consistait à passer la main sous la couverture du lit ou sous les vêtements de l’enfant, en remuant les doigts, on disait : « lo bétchòn, lo bétchòn!» (la petite bête). A Introd quand les parents chatouillaient affectueusement leurs enfants : « Pappa, ti-he té que te me fé lo gatteuille ? Na, l’é lo baraco que t’acappe!» (Papa, est-ce toi qui me chatouille? Non, c’est le baraco qui te saisit!).

La peur est un élément constitutif des croquemitaines, mais il faut souligner que cette peur est bien particulière : elle est réelle et hypothétique à la fois. L’en­fant, d’un côté, est effrayé par l’évocation de l’être menaçant, mais il sait aussi qu’il ne court aucun danger s’il respecte les règles qu’il connaît et s’il obéit. Enfin il est des croquemitaines (faut-il les considérer comme tels ?) qui n’effrayent pas: le « petit doigt » qui dévoile aux parents les mensonges, ou le tcheun tcheun reilleur qui se charge de faire savoir aux voisins que l’enfant refuse de manger. Dans ces cas, si la crainte est suffisante pour assurer l’obéissance, elle reste bien légère.

Liste des communes et noms des témoins

Avise : Rosina Blanc Jacquemod et Remigio Millery – Aymavilles : Henri Blanc, Emma Bochet et Livia Savioz – Chârillon : Noémi Cames – Cogne : Clément Guichardaz et Patrizia Guichardaz – Courmayeur : Sebastian Urso – Gaby : Jolanda Stévenin – Introd : Danilo Fusinaz, Emma Luboz et Anna Martin – La Salle : Mirko Vevey – Oyace : Edith Favre – Rhêmes-Notre-Dame : Alfonso Bérard et Agata Centoz – Rhêmes-Saint-Georges : Elvira Palaix – Saint-Marcel : Rosaura Demé – Sarre : Loredana Dujany – Torgnon : Monique Chatrian – Valgrisenche : Rose Béthaz et Maité Gerbelle – Verrayes : Lidia Philippot – Villeneuve : Marco Bérard.

Références bibliographiques

BÉTEMPS A. et PHILIPPOT L., 1992, Aspectsde la “synagogue” en Val d’Aoste , in “Le Monde alpin et rhodanien”, 1-4, Êtres fantas­tiques dans les Alpes, pp. 255-279.

JOISTEN A. et ABRY C., 1995, Êtres fantas­tiques des Alpes, Paris, Entente.

PHILIPPOT L., 1996, « Du serpent à la fée », in Les êtres imaginaires dans les récits des Alpes,

Actes de la conférence annuelle sur l’acti­vité scientifique du Centre d’Études francopro­vençales, Aoste, Région Autonome de la Vallée d’Aoste, Assessorat de l’Instruction Publique et BREL, pp. 111-121.

STÉVENIN J., 1990, Au pays ensorcelé. Contes de Gaby et de ses alentours, Aoste, Musu­meci.

Notes   [ + ]

1. Voir quelques titres en bibliographie.
2. Ces communes recouvrent l’ensemble de la Vallée bien que l’échantillonnage ait été fait en fonc­tion des collaborateurs disponibles et non pas à partir d’un découpage territorial préalable. Les consignes données aux enquêteurs étaient simples : au cours d’un entretien, il s’agissait de recenser les noms, demander une description du croquemitaine, recueillir une phraséologie en patois, repé­rer dans quelle occasion on en parlait et pourquoi.
3. Cf. A. JOISTEN et C. ABRY, 1995, pp. 253-268. La présentation de notre enquête s’est inspirée, dans la mesure du possible, de celle de ce volume. Le Monde alpin et rhodanien, 2e-4° trimestres 1998. Les croquemitaines. Faire peur et éduquer, pp. 57à
4. Cf. J. STÉvE.’tN, 1990, pp. 45-46: La Tihta Roussa.
5. A Gaby, la Wasser-Lüra (la patte noire), palmée comme  celle d’un canard, s’allonge hors de l’eau pour saisir et entraîner les enfants dans le torrent de Niel (ibid. p. 47).
6. Nous avons recueilli à Courmayeur la seule attestation, sans autre précision, du nom croquemitaine, féminin cependant. En l’absence de toute description, on ne peut savoir s’il est de la grande famil­le des personnages portant ce nom munis de sacs (comme, en particulier, en Suisse) ou s’il se rattache au petit ensemble des croquemitaines munis de crochets (comme dans une partie des Hautes-Alpes)
7. Cf un récit de Valsavarenche dans L. PHILIPPOT, 1996, p. 117.
8. D’après Tobie Deval. Le même témoin donnait la tsapletta, ainsi que la paillasse– que l’on verra plus loin – comme des peurs pour adultes ou jeunes gens (pour ces peurs, voir plus bas). Cf A. BÉTEMPS et L. PHILIPPOT, 1992, pp. 263-265.
9. La trèn pala est un objet imaginaire. C’est la synthèse de deux outils, le trident et la pelle, qui ne sont pas particulièrement liés aux travaux des prés. Le seul rapport des ces deux outils  avec les prés pourrait être l’action de répandre le fumier
10. Pour un autre « objet volant non identifié », voir la « chose (an baga) qui avançait à travers les prés mais ne touchait pas terre » dans les «Trois récits légendaires du Val d’Aoste dits par Palmyre Bal» (A. V.A.S., Le Monde alpin et rhodanien, n’4, 1994, pp. 43-55, voir p. 51).
11. Sur la synagogue, cf A. BÉTEMPS et L. PHILIPPOT, 1992. [La forme naoa semble pouvoir être rap­prochée d’un ensemble d’autres formes parentes lorsqu’on saura qu’à Verrayes et Saint-Marcel, le r intervocalique disparaît (parèn « parent » donne paèn). Cette na(r)oasous forme de – sabbat » bruyant viendrait ainsi étoffer un ensemble d’attestations très sporadiques : en Savoie,  après son émergence comme Naroues ou « Parques » dans l’oeuvre du poète de la Renaissance, Mas Claude de Buttet, la naroua est un croquemitaine cérémoniel (ou Spinnstubenfrau) de harte Ta­rentaise, que nous avons pu récemment retrouver en Piémont, dans le haut Val Varaita: la  nuruo). Tandis que les naroves du Jura du Rhône, dont nous avons établi le terrain en Valromey, sont bien des êtres sauvages. (Cf., ce dernier lieu, Chr. ABRY et A. JOISTEN, « Émergences de l’eau à travers quelques récits de croyances aux êtres fantastiques en Savoie, Dauphiné et  Piémont; Studium et Museum. Mélanges Édouard Remouchamp, Liège, Éditions du Musée de la Vie Wallonne, 1996, pp. 155-168, cf. 163-167). N.D.L.R.]