Alexis Bétemps, “Bulletin du Centre d’Etudes francoprovençales « René Willien » de Saint-Nicolas”, N. 57, Aoste, 2008.

La perception du temps

« Laissons passer la Saint-Bernard : je terminerai le travail que je dois te faire pour la Saint-Jean ». Une phrase de ce genre, qu’on aurait très bien pu entendre à Aoste, autour d’une table du café Villettaz, un mardi quelconque, il y a cinquante ans, aurait un sens obscur aujourd’hui à l’oreille d’un jeune de chez nous, même si issu d’un milieu paysan et parlant couramment patois. La traduction pourrait être : « Je ne peux pas te le faire avant le 15 juin parce que j’ai encore les vaches à l’étable mais je te le ferai avant le 24 juin quand les vaches seront à l’alpage et j’aurai ainsi un peu plus de temps à ma disposition».

[cml_media_alt id='261']Saint Bernard, Challand, Isollaz, 2009[/cml_media_alt]

Saint Bernard, Challand, Isollaz, 2009

Dans cette courte phrase, il y a, au moins, deux détails qui frappent notre sensibilité actuelle : le jour précis du dernier délai n’est pas marqué et les noms des saints sont utilisés pour indiquer les jours limites. Cela nous amène à faire quelques petites considérations sur la perception du temps actuelle et sur celle de la société paysanne d’autrefois.

Actuellement, pour nous, le temps est comme une ligne droite qui tend vers l’éternité qu’on peut subdiviser (et numéroter) en petites parties égales (secondes, minutes, heures, jours, etc.). Sur cette ligne, s’étale la vie humaine et chaque segment, toujours égal, marque l’avancée de l’individu vers l’éternité. Et ce sont ces segments qui permettent aux hommes, individuellement ou en groupe, de calculer, voire de gérer, le temps qui coule, indépendamment du temps atmosphérique qu’il fait, indépendamment de la saison. Cette vision permet une programmation du temps précise mais contraignante et anonyme. Voilà ainsi les horaires des trains et des avions, les tours de travail et les tours de garde, les jours de parution et les derniers délais, les reportages en direct de différents matches et les grèves cordonnées…

Mais il y a eu un temps, il n’y a pas longtemps, que les ethnologues appellent temps circulaire, qui était perçu bien différemment.

« Un temps paisible, répétitif, avançant à des vitesses différentes et alternes, s’arrêtant parfois ; un temps biologique, donc humain, respectueux des rythmes de la nature. C’est un temps cyclique qui coule le long des années, un temps circulaire qui chaque année revient sur lui-même, c’est l’éternel retour de saisons, toujours égales et toujours différentes. C’est le temps qui nourrit et qui fait vivre.

C’est le temps partagé entre travail et repos, entre bonheur et malheur, entre profane et sacré. Jours ouvrables et fériés s’alternent régulièrement et, à chaque saison, pour sacraliser le passage, quelques jours fériés supplémentaires s’ajoutent aux dimanches. Pour identifier ces jours les chiffres ne servent pas, ne seraient même pas opportuns. Les jours portent les noms des saints calendaires et les choses se font à l’ombre de ces saints : la bénédiction du bétail se fait à la Saint-Antoine, l’inalpe à la Saint-Bernard, la désalpe à la Saint-Michel et la dernière grande foire à la Saint-Martin. Parfois c’est le jour dit, parfois un peu avant ou bien un peu après. Le temps n’est jamais strict quand il est circulaire »(1)Brel, La Vallée d’Aoste au fil des jours, Priuli e Verlucca, Ivrea Torino 2006.

[cml_media_alt id='259']Saint Michel, Brissogne, Vaud, 2012[/cml_media_alt]

Saint Michel, Brissogne, Vaud, 2012

Le temps linéaire est commencé avec la nuit des temps et se terminera avec l’éternité, le temps circulaire commence et termine une infinité de fois dans son voyage vers l’éternité parce qu’à chaque année il se renouvelle. Le temps linéaire est le temps de la vie moderne, des sociétés dites évoluées, de l’âge technologique ; le temps circulaire est le temps du monde paysan, des sociétés agropastorales, des rythmes de la nature. Dans notre société dite occidentale, le temps linéaire a pratiquement remplacé le temps circulaire, dont la perception est reléguée dans des aires écartées auprès des personnes âgées, derniers représentants du monde paysan ancestral.

Il y a donc eu un moment dans notre histoire, encore vers la moitié du XXe siècle, où en Vallée d’Aoste aussi la perception du temps la plus généralisée était celle circulaire. Rien que les rares fonctionnaires, les employés de l’administration, les militaires, les commerçants, les usuriers flottaient dans le temps linéaire, au moins lors de l’exercice de leurs fonctions… Mais, ils ne représentaient qu’un faible pourcentage, au dessous de 10%. Dans ce monde particulier, les chiffres n’étaient pas nécessaires pour compter les jours. Les saints suffisaient. Ainsi, une foule de saints accompagnent quotidiennement les paysans pour les protéger, pour les guérir et pour leur prédire le temps.

Les calendriers

Qu’il soit linéaire ou circulaire, le temps est mesuré par les calendriers : les chiffres pour le temps linéaire, les saints, les lunes et les planètes pour le temps circulaire. Dans le monde, il y a encore beaucoup de calendriers en usage, produits de civilisations différentes. Mais celui qui tend à s’imposer de plus en plus est celui que nous connaissons bien, celui du monde occidental, celui de la technologie, celui des affaires : le nôtre, ou mieux, celui qui est généralisé aujourd’hui chez nous aussi. Mais le temps circulaire, malgré tout, est toujours parmi nous, alimenté par une tradition ancienne qui s’affaiblit mais qui existe encore… Les saints sont de moins en moins cités mais leur souvenir reste.

Pour bien comprendre l’utilisation populaire de notre calendrier, il est important de rappeler brièvement son histoire.

Notre calendrier est la représentation de l’année solaire, c’est-à-dire du temps que la terre emploie pour tourner autour du soleil. La durée du parcours, connue avec une bonne précision depuis l’antiquité, est de 365,2422 jours. L’année solaire est donc calculée, par approximation, de 365 jours et le retard accumulé est abondamment rattrapé tous les 4 ans par le jour ajouté aux années dites bissextiles. Le premier calendrier solaire fut celui institué par Jules César en 46 A. J-Ch. Il prenait la place d’un ancien calendrier lunaire peu pratique puisqu’il était difficile à conjuguer avec l’alternance des saisons. La lunaison est de 28 jours et quelques heures qui multipliées pour 12, le nombre des mois, donnait une année plus courte de celle solaire qui est en syntonie avec les saisons. Ainsi, Jules César ajouta douze jours à l’année lunaire en vigueur, douze jours de festivités.

Mais le calendrier julien, avec les années bissextiles, était de 365,25 jours tandis que l’année astronomique, de 365,2422 était légèrement plus courte. Ce qui a fait, qu’au bout de 16 siècles, le calendrier julien se trouvait trop avancé par rapport à l’année astronomique. En 1582, le pape Grégoire XIII a voulu rétablir la concordance en enlevant dix jours à l’année en cours. Ainsi, le lendemain du jeudi 4 octobre 1582, fut le vendredi 15 octobre. Avec l’élimination des 10 jours, il y a eu le glissement en arrière conséquent des saints liés aux jours. Pour éviter les inconvénients du calendrier julien, le calendrier grégorien, celui que nous utilisons encore maintenant, prévoit l’abolition de l’année bissextile à chaque changement de siècle. Le calendrier grégorien eut une diffusion relativement rapide dans les pays catholiques mais il fut accepté assez tardivement dans les autres et, par exemple, dans certains cantons de la Suisse alémanique le calendrier julien durera jusqu’à la révolution française. La Russie et la Grèce ne l’adopteront qu’au début du XXe siècle.

Cette réforme calendaire nous aide à comprendre des remarques liées aux saints qui, rapportées au calendrier grégorien, seraient inexactes.

[cml_media_alt id='251']Sainte Lucie. Saint-Marcel, Petit-Seissogne, 2008[/cml_media_alt]

Sainte Lucie. Saint-Marcel, Petit-Seissogne, 2008

On dit chez nous : a sènta Lusia, le dzor crèison comme en fromia(2)À la Sainte-Lucie, les jours croissent comme une fourmi. Autrement dit, le 13 décembre la durée du jour augmente de très peu. Et encore : à sènt Antouéno, l’ora bouna(3)À la Saint-Antoine une bonne heure,  c’est-à-dire que le 17 janvier il y a désormais une heure abondante de lumière en plus par rapport au solstice d’hiver. Or, comme nous savons à la Sainte-Lucie la durée du jour diminue encore et le 17 janvier, à la Saint-Antoine, la nuit ne cède au jour que 17 minutes. Cette discordance s’explique par le fait que la remarque était pertinente au calendrier julien mais, qu’avec le glissement de 10 jours, elle est devenue anachronique. Le fait d’être anachronique n’a cependant pas décrété automatiquement sa déchéance puisque la remarque est encore attestée de nos jours. Comment expliquer cela ? Je pense simplement que l’usage consolidé est difficile à extirper et, dans notre cas, que la rime donne à la remarque une forte caution, en dépit de l’observation scientifique. Mais, à côté des deux remarques révolues, nous attestons aussi des mises à jour avec le calendrier grégorien qui témoignent du respect pour l’observation scientifique et du plaisir pour la rime renouvelé. Par exemple, à Saint-Christophe on dit : a l’Epifania, djeust an mia(4)À l’Epiphanie, seulement un petit peu soit le 6 janvier les jours augmentent un tout petit peu. Ce qui est parfaitement exact.

[cml_media_alt id='253']Saint Antoine. Châtillon, Promiod, 2010[/cml_media_alt]

Saint Antoine. Châtillon, Promiod, 2010

Quant à saint Antoine on dit dans plusieurs endroits de la Vallée d’Aoste : à la Saint-Antoine les jours croissent le repas d’un moine. Et, paraît-il, les repas de moine ne devaient pas dépasser les 20 minutes…

Le début de l’année

Dans une conception de temps linéaire, le premier jour du premier mois marque le début de l’année. Cela est une certitude sanctionnée par les textes imprimés. Mais l’année ne commence par pour tout le monde le même jour. En général, un peu partout dans le monde, ce sont les croyances religieuses qui, traditionnellement, ont fixé le début de l’année pour tous leurs fidèles. Ainsi, le calendrier de Musulmans diffère du nôtre tout comme celui des zoroastriens comme les Kurdes, des Juifs ou des confucianistes comme les Chinois. Même les Chrétiens Orthodoxes ont un premier jour de l’an diffèrent du nôtre. Cela dans le régime du temps linéaire, bien entendu…

Mais dans le temps circulaire, comment fait-on pour déterminer le premier jour de l’an ? Peut-il un cercle avoir un commencement et une fin ?

Et bien, dans un régime de temps circulaire, on établit le premier jour de l’an d’une manière tout à fait naturelle et ce jour peut varier, bien entendu, d’une communauté à l’autre.

Il faut s’interroger sur le moment où les gens ont la perception d’avoir franchi la frontière invisible de la nouvelle année. Il s’agit d’un début psychologique, qui n’est pas nécessairement perçu en contradiction avec le début indiqué par les calendriers imprimés. En Vallée d’Aoste, par exemple, les croyances liées aux saints calendaires peuvent nous aider à reconnaître la ligne de démarcation. Dans un système où l’année est rythmée par les saints et où les saints sont de repères pour des remarques du futur, il suffit de trouver le moment où les prévisions pour l’année suivante cessent et laissent la place aux prévisions de l’année en cours.

Une ancienne tradition liée aux Douze Jours, de la Noël à l’Epiphanie, nous dit de regarder le temps qu’il fait à chacun des Douze Jours : le temps qu’il va faire l’année suivante, mois par mois, correspondra a celui constaté, jour par jour, de la Noël à l’Epiphanie ou jour des Rois, comme on l’appelait chez-nous. Le jour des Rois était un jour particulièrement indiqué pour les pronostics sur l’année à venir : les gens exposaient sur une fenêtre, au froid de l’hiver, un bol plein d’eau et le matin ils essayaient d’interpréter les rugosités éventuelles de la glace pour deviner leur avenir ; ou bien, par groupes, ils faisaient le jeu des écuelles pour prévoir les événements de la nouvelle année; ou d’autres choses encore, toujours en vue de dévoiler les secrets de l’an à venir(5)Bétemps Alexis, Il y avait autrefois les Rois…, in “Le Monde Alpin et Rhodanien”, C.A.R.E., Grenoble 2005.. Face à ces croyances généralisées dans toute la Vallée, nous pouvons donc déjà affirmer qu’en tout cas, dans la tête des gens, l’année nouvelle commençait après le premier janvier et, vraisemblablement après l’Epiphanie.

Le début de l’année, partout, est toujours marqué par une fête populaire sacralisée par des rituels religieux. Et alors ? Il s’agit d’aller voir quelle était la première fête populaire ritualisée après l’Epiphanie.

La première fête importante que nous rencontrons est celle de la Saint-Antoine l’Ermite, le 17 janvier. La Saint-Antoine est le jour où, en Vallée d’Aoste mais ailleurs aussi, on bénissait solennellement le sel et les animaux qui allaient collaborer avec l’homme dans les travaux de la campagne dans l’année qui débute. L’homme aurait difficilement pu vivre en montagne sans la collaboration des animaux : ce n’est donc pas un hasard qu’il consacre le commencement de l’année à la bénédiction de ses partenaires les plus importants dans les travaux agricoles. Ainsi, nous pouvons raisonnablement considérer le 17 janvier, fête de la Saint-Antoine, comme le premier jour de l’année agricole pour les Valdôtains.

L’homme et le temps atmosphérique

Autrefois on disait que c’était le principal sujet de conversation des Anglais. Mais maintenant, chez nous aussi, les gens ont pris l’habitude d’échanger quelques considérations sur le temps quand ils se rencontrent et n’ont pas d’autres arguments de conversation. À la radio ou à la télévision, tout le monde écoute ou regarde, qui plus qui moins, les prévisions du temps, les commente, se réjouit ou se plaint. Quelles seraient-elles les raisons profondes de cet intérêt ? Si l’on travaille toute la journée à l’usine ou l’on se renferme dans un bureau comme la plupart d’entre nous, le temps atmosphérique est-il vraiment important ? Instinctivement, je dirais que non… Et pourtant…

Je crois que l’intérêt généralisé pour le temps doit être considéré comme un héritage culturel des sociétés paysannes d’où nous sommes à peu près tous sortis. Dans les sociétés agropastorales, dont la nôtre, tout dépendait des conditions du temps : la production des champs, la fraîcheur des prés, la santé des bêtes, les caractéristiques des grandes œuvres, l’organisation du travail.

Parfois c’est le soleil qu’on réclame, d’autrefois c’est la pluie qu’on implore. Heureusement, ce ne sont pas les hommes qui peuvent choisir le temps !

L’homme, à vrai dire, n’a jamais prétendu cela, mais il serait heureux quand même, de pouvoir, au moins, le prévoir si pas le déterminer. Le paysan pourrait organiser son travail de conséquence et intervenir au préalable pour prévenir, ne fut-ce que partiellement, les insuffisances et les dégâts. Voilà donc l’importance des pronostics pour l’univers paysan. Mais comment faire ? Un peu à la fois, au fur des observations, l’homme a constaté que les animaux sentent en avance les changements de temps et l’annoncent à qui sait observer. Les mouches deviennent insupportables, les hirondelles, dans un vol insensé, frôlent la terre de leurs ailes, les corbeaux croissent et se posent en petits groupes dans les prairies près du village, les poules s’épouillent et, couche- tôt proverbiales, regagnent le poulailler plus tôt que d’habitude, les vaches broutent avec une voracité inhabituelle, les vipères deviennent particulièrement visibles et, immobiles, elles absorbent la dernière chaleur retenue par les rochers, et le chat, tranquillement couché sous le poêle, lèche sa patte et la passe derrière son oreille. L’observation de la nature aussi peut fournir des indices pour les pronostics, ce qu’on appelle chez nous les remarques. Le temps change quand la fumée, au lieu de monter au ciel rapidement, sort du poêle, traîne, en faisant des ronds, et parfois remplit la pièce ; quand on perçoit les étincelles autour de la marmite pour la polente ; quand les sons, des cloches des vaches par exemple, sont mieux perceptibles, même quand ils arrivent de très loin ; quand le soleil qui se cache n’est pas net ; quand à l’aube, les nuages vers l’est sont rouges. Dans chaque village, en plus, il y a des remarques locales : le vent qui souffle de telle direction, les nuages qui cachent tel pic ou tel autre, etc.

Mais il s’agit toujours de prévisions à court terme, pour une journée, pour quelques heures.

L’homme aurait besoin d’en savoir davantage… Ainsi, il fait recours à sa dernière ressource : au surnaturel, aux saints en particulier, aux saints du calendrier ou mieux, de l’almanach.

Les saints et les almanachs

Dans des régions alphabétisées depuis des siècles comme la nôtre, il est difficile, pour le chercheur qui fouille le terrain, de distinguer la production culturelle locale originale de celle véhiculée par l’écrit. Certainement, on ne lisait pas beaucoup dans nos campagnes, comme dans tous les milieux agricoles. Mais il y avait toujours quelqu’un dans la communauté, qui cultivait la lecture (et je ne pense pas spécialement au curé) et surtout, tout le monde ou presque, occasionnellement, parcourait les pages d’un livre. C’était le Livre d’heures surtout, où la présence des saints était constante mais aussi celle de l’almanach où les saints n’étaient pas moins présents.

La tradition des almanachs est très ancienne et elle est vivante dans l’Europe entière. Le mot, emprunté à la langue arabe indique, à l’origine, des cartes astronomiques permettant de relier les jours de l’an à la position du soleil et de la lune. Il prendra progressivement le sens de calendrier et s’enrichira de prévisions du temps et de précieux renseignements sur les cultures agricoles, sans pour cela oublier la vocation originelle. Fait davantage pour les milieux ruraux, aux débuts, l’almanach n’est pas rédigé par des ruraux mais il est généralement accepté jusqu’à devenir une présence indispensable dans les communautés rurales.

Déjà au XVe siècle, dans l’aire francophone, était diffusé par le colportage une sorte d’almanach appelé Calendrier des bergers. C’était comme un petit manuel de vie pratique. Il se composait, généralement, d’un calendrier avec les noms des saints, les phases lunaires, les éclipses, les propriétés des planètes, de petits textes pour l’édification morale et parfois, des conseils pour la bonne santé.(6)Les informations sur le calendrier des bergers me viennent de l’ami Pierre Dubuis, historien médiéviste, professeur aux universités de Lausanne et de Genève, que je remercie. La diffusion des almanachs a été énorme, s’il est vrai qu’en France seulement, entre 1600 et 1895 paraissent 3633 titres dont 1322 rien qu’au XVIIIe siècle ! (John Grand-Carteret, Les almanachs français, 1600-1895, Cité dans Braida Lodovica 1989.) En Suisse, vers la fin du XVIIe siècle, se vendait chaque année un almanach liégeois. Ainsi, en 1677, deux imprimeurs bâlois commencèrent à imprimer des almanachs pour contrecarrer la concurrence. L’almanach bâlois fut aussi traduit en français tout en gardant le même titre, traduit lui aussi : Le Messager Boiteux , l’archétype de plusieurs messagers boiteux imprimés dans des villes différentes. L’almanach du Messager Boiteux de Berne et Vevey, devenu actuellement l’almanach romand, a atteint en 2007 l’âge vénérable de 300 ans, le premier numéro ayant paru en 1707 ! Et le tirage est de 80.000 exemplaires ! Cet almanach a connu une grande diffusion en Vallée d’Aoste aussi jusque vers la moitié du XXe siècle et il a encore des estimateurs à l’aube du deuxième millénaire. Les premiers almanachs valdôtains sont de la moitié du XIXe siècle et leur diffusion n’a pas fléchi dans le temps, vu le succès bien actuel du Messager Valdôtain.

Les contenus des différents almanachs étaient différents pour les nouvelles locales mais assez semblables pour les informations générales. Et les calques étaient à l’ordre du jour. Y compris ceux qui se rapportaient aux proverbes, aux remarques, aux pronostics et aux dictons ; donc, aux saints aussi. Mais même les choses copiées étaient adaptées par le peuple même à sa réalité culturelle et devenaient ainsi une production du peuple. Mais, comme l’on verra, pas toujours les adaptations étaient une vraie réussite…

Le temps atmosphérique et les saints

Les saints étaient en Vallée d’Aoste des intermédiaires essentiellement pour les pronostics liés au temps à venir, e à la destinée et à l’avancement des cultures. En janvier et en février, la terre repose encore et l’homme, comme nous l’avons dit, se prépare à la nouvelle année et reprend progressivement ses activités, toujours égales et toujours différentes comme le temps circulaire. La Saint-Antoine (17 janvier) ne marque pas seulement le début de l’année agricole mais aussi, si ce jour là il neige, elle annonce l’abondance : sé fiocca ou jor de Sèn-t-Antòne, fiocca troffie(7)S’il neige le jour de la Saint-Antoine, la récolte des pommes de terre sera bonne..

La pomme de terre, cadeau d’Amérique, tout en ayant eu des difficultés à s’affirmer, a eu le mérite de battre la famine, fléau fréquent en Europe dans les mauvaises années. Annoncer l’abondance de pommes de terre signifiait donc garantir l’espoir de subsistance pour l’année qui vient de commencer et pour le début de la suivante.

La Saint-Vincent (22 janvier) aussi est une date importante pour les remarques : à la Saint-Vincent, l’hiver se prend ou se rompt les dents.(8)La même remarque exactement est attesté en Lorraine et en Bourgogne. et aussi : à la Saint-Vincent, le vin monte au sarment(On trouve plus ou moins la même remarque en Anjou, Touraine et Orléanais: si le soleil luit à la Saint-Vincent, il y a du vin dans le sarment.)

La première remarque est un exemple illuminant de la prudence paysanne qui, apparemment, nous apprend l’évidence, comme Monsieur de La Palisse. En réalité le concept est plus subtil et le message est : « Méfiez vous si une belle journée éventuelle peut vous faire penser à l’arrivée imminente du printemps. Il est possible aussi que l’hiver reprenne avec toute sa force ». La deuxième se rapporte à la vigne et nous dit qu’elle est en train de se réveiller. Or cette remarque paraît inadaptée à la Vallée d’Aoste où les conditions climatiques empêcheraient à la sève de monter si tôt ! Il s’agit donc d’un dicton emprunté à des régions plus chaudes, mais répandu aussi en Vallée d’Aoste, pillé sans beaucoup de sens critique à un almanach venant de loin…

Mais si pour saint Vincent la nôtre n’est qu’une supposition, pour la Conversion de saint Paul, l’emprunt est presque une certitude. À Cogne on dit que :

Lo dzo de sèn Pou, se l’é cller é sérèn
Abondanse de tuit bièn
Si fait l’oura, la guéra
Si l’at de nébie rodze lo matén, mortalità
(Si le jour de saint Paul est clair et serein, abondance de tout bien ; si il y a le vent, la guerre, si il y a des nuages rouges le matin, la mort. A Introd on connaît le dicton sous forme française : Saint Paul brouillard, mortalité de toute part ; saint Paul venteux, morts en tous lieux ; saint Paul serein, année fertile et bien fortunée ; s’il y a la neige ou la pluie, cherté de tous produits. Dans le Dauphiné, une remarque fort semblable est attestée : à la Conversion de saint Paul : s’il pleut, cherté sur terre ; s’il fait du vent, vous aurez la guerre ; épais brouillard, mortalité de toutes parts.)

Ce qui nous frappe dans cette remarque c’est surtout la référence à la guerre, peu fréquente dans ce genre de littérature populaire en Vallée d’Aoste. Mais l’origine de ce dicton doit être probablement cherchée ailleurs. À cet effet, dans le Calendrier des laboureurs pour 1618 d’Antoine Maginus l’on lit : « De Saint-Paul la claire journée, nous annonce une bonne année, s’il fait vent nous aurons la guerre, s’il neige ou pleut, cherté sur terre, si l’on voit fort espais les brouillards, mortalité de toutes parts ». Nous ne connaissons pas la source de Maginus mais la présence de ce dicton dans un almanach du XVIIe siècle nous témoigne de son ancienneté et nous fait penser à la circulation de ce genre de production littéraire qui est difficile à reconstruire mais qui est évidente.

L’ours et la Chandeleur

[cml_media_alt id='252']Saint Ours. Perloz, Santuaire, 2014[/cml_media_alt]

Saint Ours. Perloz, Santuaire, 2014

Après la bénédiction des animaux, le paysan pense à se doter des outils nécessaires au cours de la longue saison qui s’annonce. Et à la veille de la Saint-Ours (31 janvier), rendez vous à la foire, dans le Bourg de l’ancienne cité d’Aoste, pour vendre ce qu’on a préparé lors des longues veillées hivernales et acheter le nécessaire manquant : échelles, râteaux, hottes en bois mais aussi pioches, fourches et faux en métal.

À la fête de la Saint-Ours (1er février) est consacrée la remarque la plus connue en Vallée d’Aoste :

lo dzor de sènt Or, l’ors beutte sètsé son paillón. Se fé croué tèn, se catse pamé é l’iveur frenì. Se fé bon tèn torne deun sa borna é pe carènta dzor l’iveur continue.(9)Le jour de la Saint-Ours, l’ours met à sécher sa paillasse. S’il fait mauvais temps, il ne se cache plus et l’hiver est fini ; s’il fait beau temps, il rentre dans son trou et pendant quarante jours l’hiver continue.

Ici, il est question, bien entendu, de l’animal ours et non pas du saint, mais la coïncidence entre la fête et le dicton est quand même étrange. Rien de la vie de saint Ours ne semble le prédestiner à devenir un arbitre du temps, celui qui détermine le printemps précoce ou tardif. A part son nom : Ours. Attribuer à un saint des pouvoirs inspirés par l’assonance de leur nom est un procédé courant dans la dévotion populaire. Sainte Lucie et saint Clair sont invoqués par qui a des problèmes de vue, saint Oyen pour l’ouïe, saint Gothard pour la goutte, saint Préject (Prédzet) pour les difficultés de la parole et j’en passe. On comprend ainsi comment l’on a pu relier le nom d’un saint à celui d’un animal, sans aucune intention blasphème, bien entendu.

L’Ours est un animal bien présent dans l’univers mythique européen : il est, parmi les animaux, celui qui ressemble le plus à l’homme, il est partiellement apprivoisable et possède la faculté de tomber en léthargie quand l’hiver arrive, résolvant ainsi d’une manière fort économique les problèmes de survivance que l’hiver a toujours posés aux hommes. C’est cette dernière faculté qui a fait que les hommes lui attribuent des pouvoirs divinatoires rapportés au temps atmosphérique. En Vallée d’Aoste, l’ours est aussi un protagoniste du carnaval où il défile en laisse, retenu par le dompteur, avec qui il se bat dans un combat sans vainqueurs. C’est la dramatisation rituelle de la vaine tentative de l’homme de s’emparer des pouvoirs de prévision du temps détenus par l’ours. (La relation entre l’ours et l’Homme Sauvage, héros culturel qui rappelle l’ours pour ses caractéristiques physiques et pour ses pouvoirs météorologiques est évidente. Voir à ce propos : Alexis Bétemps, L’homme sauvage en Vallée d’Aoste, in “Mythologie Française” N. 209, actes du colloque d’Aix-en-Provence de la Société Mythologique Française de 2001, 2002. L’article a été repris par Le Flambeau N. 184, Aoste 2002.)

Le réveil de l’ours coïncide avec l’arrivée du printemps qui, au-delà des indications du calendrier, ne peut pas être prévue avec précision. C’est donc le comportement de l’ours qui va communiquer aux hommes le commencement de la bonne saison.

[cml_media_alt id='269']Saint Ours, foire de Saint-Ours 2010. Sculpteur Pramotton[/cml_media_alt]

Saint Ours, foire de Saint-Ours 2010. Sculpteur Pramotton

Et il le fait, après avoir regardé le temps, le 1er février, jour de la Saint-Ours. Cela en Vallée d’Aoste.

La même tradition, le même dicton, liés au comportement de l’ours, nous les trouvons un peu partout en Europe, mais ils sont liés à la Chandeleur, le 2 février, le jour après la Saint-Ours. La différence temporelle est insignifiante.

La tradition est très ancienne et elle est déjà attestée au XVIe siècle, dans Le livre de chasse de Gaston Phoebus, cité par J-D Lajoux : « Les ours mâles demeurent aussi dans des cavernes pendant quarante jours sans manger et sans boire, Cependant, ils sucent leurs mains et au quarantième jour sortent dehors, si ce jour-là est beau, ils s’en retournent dans leur caverne pour une nouvelle période de quarante jours car ils pensent qu’il fera encore mauvais hiver froid jusqu’à ce jour. Et si ledit jour qu’ils sortent de leur caverne il fait mauvais, ils en sortent pensant que dorénavant il fera beau temps. » (10)Lajoux Jean-Dominique, L’homme et l’ours, Glénat, Grenoble 1996.

La remarque de l’ours se trouve donc, en Vallée d’Aoste, anticipée d’un jour, mais ce n’est pas pour cela que la Chandeleur (Tsandelòouza) a perdu son rôle de moment propice aux pronostics : à Runaz d’Avise on dit se lo dzòo de la Tsandelòiza lo bou moille la cocca, l’ors beutte sètché lo paillahoun è lo forìi s’approtse(11)Si le jour de la Chandeleur, le bœuf mouille son sabot (donc, il fait mauvais temps), l’ours ne met pas sécher son paillasson et le printemps s’approche. et à Cogne la même chose à peu près : si lo boou mèarque la pasò,la masséire poou ivrì le bras.(12)Si le bœuf marque de son sabot le passage, la ménagère peut ouvrir les bras : En d’autres mots : si le jour de la Chandeleur il fait doux et humide on peut être plus généreux lors de la consommation du fourrage puisque l’hiver ne sera pas long et les économies ne sont plus nécessaires. C’est l’empreinte dans le sol mouillé de la coque du taureau, autre animal mythique, qui annonce l’arrivée prochaine de la bonne saison. La Chandeleur est considérée le point culminant de l’hiver, le moment où la famille fait son premier bilan et évalue la consistance des réserves alimentaires, pour les hommes et pour les animaux. Si les prévisions sont bonnes, on peut administrer les réserves avec une certaine largesse, mais si elles sont mauvaises : si lo dzor de la Tsandeloura i fé clèr é sérèn, varda bièn la paye é lo f èn.(13)Si le jour de la Chandeleur le temps est lumineux et serein, conserve bien la paille et le foin. Cette remarque est attestée un peu partout en Vallée d’Aoste.Le beau temps à la Chandeleur a quand même un petit avantage : « Si le jour de la Chandeleur il fait beau, il y aura du vin comme de l’eau ». (Ruelle de Montjovet.)

Les derniers sursauts du froid

La reprise des travaux est lente, tout comme le beau temps qui est lent à venir. L’homme a hâte de voir arriver le beau temps. Le temps du repos, ou mieux, du travail tranquille est terminé. Il a envie de sortir, de reprendre contact avec la terre, de se confronter nouvellement avec la nature, de retrouver les couleurs de la belle saison, ses odeurs, ses saveurs… Et il interroge le temps, sans se faire trop d’illusions. Oui, il y a de belles journées où le soleil est clair et chaud; oui, la neige sur les toits fond dans les heures de midi et alimente les gouttières ; oui, une fleur timide a fleuri à l’abri du rocher… Mais le froid est toujours à l’affût et le paysan le sait. Ce sont les saints qui le préviennent. Les saints de glace. Saint Valentin (14 février), saint Faustin (17 février) et saint Aubin (1er mars) étaient appelés les saints du froid et les jours de leur fête devraient marquer les températures les plus basses de la saison. Ce qui est parfaitement en ligne avec le climat valdôtain. En Vallée d’Aoste, au dessus de 1500 mètres (Traditionnellement, les villages habités toute l’année, en Vallée d’Aoste s’élevaient jusqu’autour de 1900 mètres d’altitude.), seul le mois de juillet peut être considéré à l’abri des gelées nocturnes, et encore…

[cml_media_alt id='270']Saint Georges, église, Pollein, 2012[/cml_media_alt]

Saint Georges, église, Pollein, 2012

Même au dessous de 1000 mètres, où prospère la vigne, il pouvait encore y avoir des gelées au mois de mai. Saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril) et la Sainte-Croix (3 mai) étaient considérés les derniers saints du froid. Les températures ne sont plus aussi basses qu’en février, mais elles peuvent quand même descendre en dessous de zéro, la nuit surtout.(À Brusson, on rappelle que  sèn Anselmet 21 avril, sèn Marquet, sèn Crojet, son mort de frèt… )

Les gelées des mois de mars et d’avril sont dangereuses, dans les adrets surtout, où les arbres à fruit sont déjà en fleur. Mais celles de mai sont pernicieuses : s’il gèle à Saint-Urbain, ni paille, ni foin (25 mai).(La Saint-Urbain, en France représentait, un peu partout, la date limite des gelées hivernales.) Mais les gelées si tardives étaient quand même rares et la Saint-Mathias (24 mai) était considérée la date limite pour le gel, même à Valgrisenche, commune proverbialement froide : sèn Matiàs, cllappe la llasse. (Saint Mathias, casse la glace.)

Beau temps ou mauvais temps, il faut faire les travaux quand c’est le moment et espérer dans la générosité du cimat. À la Saint-Joseph (19 mars) à La Thuile on arrête les veillées à l’étable ou autour du feu et, dans les parties basse de la Vallée, on recommence à faire le goûter pour couper le travail de l’après-midi. La lumière du jour repousse les ténèbres et les travaux remplissent les journées désormais suffisamment longues pour accueillir un repas supplémentaire vers la moitié de l’après midi. Le goûter se fera jusqu’à la Saint-Barthélemy (24 août) : Sèn Bartolomé, marènda dessù lo tabléi. (À la Saint-Barthélemy, le goûter reste sur l’étagère.)

Mars, avril, c’est le moment de préparer la terre pour les nouvelles cultures. Les délais sont rapprochés et le temps coule vite : Deuntor la Sain-Dzordzo (23 avril), Dzouie de semé l’ordzo, Lo dzor de Sain-Marc (25 avril), L’è dza tro tar( La période de la Saint-Georges est indiquée pour semer l’orge mais le jour de la Saint-Marc, il est déjà trop tard.)). Il faut donc être toujours prêt et intervenir rapidement.

La saison entre dans son plein

À la fin d’avril les paysans commencent à voir les premiers résultats de leur travail : c’est le temps des remarques pour prévoir le résultat final. Il faut bien espérer que le jour de saint Marc soit ensoleillé parce que : « quand saint Marc n’est pas beau, pas de fruits à noyaux.»

Le jour de l’Ascension à Etroubles, on allait aux champs pour voir si le blé était fleuri. S’il pleuvait ce jour-là c’était mauvais signe, disait-on, parce que la pluie endommageait la fleur du blé et : can plout a l’Achenson, la poussa fé monton. (Quand il pleut le jour de l’Ascension la poussière s’entasse. C’est-à-dire qu’il y aura, au moment du battage, plus de déchets que de bon.)

Le mois de juin, le soleil est chaud et la campagne commence à avoir soif : la pluie est donc la bienvenue : l’éve de Sain-Dzan to de pan, la plodze de Sain-Laurein, arreuve dzeusto a tein, mé a Sain-Bartolomé, nieun n’ein vou mé. (La pluie de saint Jean (24 juin) est tout de pain, celle de saint Laurent (10 août) arrive juste à temps et à la Saint-Barthélemy (24 août) personne n’en veut plus.) Mais il ne faudrait pas que le mauvais temps traîne puisque le mois de juin pourrait être aussi le mois des alluvions. Ainsi, il faut se méfier de saint Médard (8 juin) : Plodze a sèn Médar, Carènta dzor lo dar. (Pluie à la Saint-Médard, quarante jours de pluies torrentielles. Dar est un ancien nom de patois qui signifie torrent. On croyait qu’au solstice d’été, les influences astronomiques pouvaient provoquer des orages et des pluies persistantes. Avec la réforme du calendrier grégorienne, le solstice tombe plus tard mais le dicton est resté.)

Mais le bon sens populaire sait que pronostiquer 40 jours de pluie est hasardeux, comme ça, pour rendre plus croyable la remarque sans démentir saint Médard, il fait recours à la collaboration de saint Gervais (10 juin) : sèn Jervè, teurie foura Medar di blèt (Saint Gervais sort Saint Médard du mouillé.) ou de saint Barnabé (11 juin) : « Saint Médard, grand pissard, fait pleuvoir quarante jours plus tard, a moins que saint Bernabé, ne lui coupe le nez .» (À Nendaz, dans le Valais, on dit exactement la même chose. Cette remarque est attestée aussi en Aquitaine, Franche-Comté et Limousin.)Comme nous l’avons déjà vu en parlant de la Chandeleur, le chiffre 40 est récurrent dans la météorologie populaire et reflète la subdivision du temps du calendrier liturgique (Avent, Carême, Ascension du Christ) qui fait écho, probablement, à des épisodes de la bible : le déluge, l’exode du peuple juif, le séjour du christ dans le désert.

Mais parfois, la rime est plus forte que la tradition puisqu’on dit que : « s’il pleut le jour de saint Benoît (21 mars), il pleuvra quarante jours plus trois ». Le trois, bien entendu, n’est là que pour la rime avec Benoît (Les prés fleuris à la Saint-Barnabé, c’est l’abondance, la qualité et la beauté.)

Saint Barnabé n’est pas seulement évoqué pour son pouvoir de mitiger les rigueurs de saint Médard. Son nom est aussi lié à une remarque très importante puisque le jour de sa fête devrait marquer le début de la fenaison : à la Saint-Barnabé, la faux au pré. Mais dans une région comme la nôtre, peut-on vraiment dire que les foins commencent le 11 juin ? Cela est généralement vrai pour le fond de la vallée mais, au dessus des 1500 mètres, il faut encore attendre quatre semaines ou un mois pour que le foin soit suffisamment mûr. La date du 11 juin convient certainement aux pays de plaine, au nord de chez nous, et il faut donc conclure que c’est de là haut, à travers les almanachs, que ce dicton nous vient. Mais chez nous on dit aussi : lé pro flerì a la sèn Barnabé, yé bièn, bon è bé et cela est bien plus cohérent avec la réalité montagnarde.

Le 15 juin, jour de la Saint-Bernard, saint du Pays, protecteur des alpages, est aussi, par tradition, le jour de l’inalpe, quand les vaches rejoignent les premières stations d’alpages et soulagent ainsi ceux qui restent en bas pour assurer les grand travaux de l’été. La Saint-Bernard est aussi une date juridique importante : dans plusieurs paroisses elle était la date limite pour renouveler les baux pour l’année suivante.

Dans quelques paroisses de la Basse-Vallée, le mois de juin est appelé Sèn-Djouàn, Saint-Jean. C’est en juin que tombe le solstice d’été, moment magique par excellence, d’après une tradition plus que millénaire. C’était le moment où les femmes allaient cueillir les herbes médicinales, le matin tôt, avant que la rosée ne se lève ; où l’on composait des croix de fleurs, de rhododendron le plus souvent, pour pendre devant les portes et préserver ainsi les maisons de la foudre ; où la jeunesse se réunissait la nuit autour de grands feux. Cette dernière tradition, encore très vivante en Vallée d’Aoste, au cours du XXe siècle s’est déplacée de quelques jours et la tendance actuelle est d’allumer les feux à la veille de la Saint-Pierre, le 29 juin. Elle résiste, cependant, dans certaines paroisses de la Haute-Vallée et à Gressoney, où le saint est patron.

L’apogée

Dans la Basse-Vallée, le mois de juillet s’appelle la Madaléna, la Madeleine, prénom d’une sainte.

Juillet et août sont les mois où le travail des hommes atteint le maximum de son intensité. Les foins, l’alpage, les céréales,… Et sans jamais oublier la vigne, le verger, le potager.

C’est au mois de juillet que le paysan trace un premier bilan de l’année agraire et c’est au aussi mois de juillet que l’avancement des cultures laisse présager la récolte avec une bonne approximation : sènta Madeléna (22 juillet), la gnoué l’é piéna é lo rézén véô. (À la Sainte-Madeleine la noix est formée et le raisin commence à changer de couleur. La même remarque à peu près est signalée en Auvergne et en Provence. Cette dernière est la plus complète : À la Sainte-Madeleine la noix est pleine, la noisette bonne à manger, le raisin formé, le blé au grenier, la paille au pailler.)

La canicule approche et, généralement, elle est précédée d’averses : sènt Anna (26 juillet), vouidje la tsanna. (Saint Anne vide la channe. En Vallée d’Aoste channe est le nom d’un type de seau en bois, utilisé pour la transformation du lait. Un peu partout en France, sainte Anne est considérée un saint de l’eau et l’on dit, comme pour saint Médard, que quand il pleut le jour de Sainte-Anne, il pleuvra encore pendant quarante jours.) Et, le jour après, Saint Pantaléon (27 juillet) donne aussi sa contribution : sèn Pantaléón, lo tèn yé barbotón (Saint Pantaléon, le temps aime ronchonner.) ou bien Sèn Panteyôn, vuidje lo botteillôn ( Saint Pantaléon vide le bouteillon.)). Mais, heureusement, saint Pantaléon est un saint aux grands pouvoirs : bon sèn Panteyon, patron de Volon, varda no de l’aluvion (Bon saint Pantaléon, saint patron de Vollon (hameau de Brusson) garde-nous des alluvions.) La période qui de la fin juillet va jusqu’à l’Assomption (15 août) est la canicule, période critique où il faudrait éviter de travailler dans les champs et dans les prés.

[cml_media_alt id='256']Saint Laurent . Introd, église, 2007[/cml_media_alt]

Saint Laurent . Introd, église, 2007

À la Saint-Laurent (10 août) la canicule bat son plein. Pendant cette période, il fallait donc se concentrer sur les travaux à l’abri : ménage, petites réparations, battre le blé, vanner. Les travaux à la campagne étaient déconseillés : a sèn Lorèn, te fo beutté la feuheuille a repoù (À la Saint-Laurent il faut faire reposer la faucille.)      Le jour de saint Laurent est aussi un grand jour de remarques. Autrefois, certains légumes étaient semés autour des champs de céréales plutôt que dans les jardins potagers, moins répandus que l’on ne croie : petits pois, haricots, lentilles, fèves et raves en particulier On semait ces dernières assez tard, si possible le jour de la Saint-Laurent (10 août) parce que, disait- on : sèn Lorèn, co tot a tèn (À la Saint Laurent, tout est encore à temps.) et encore : a Sèn-Loràn le rave veugnon grousse comme de pan (À la Saint-Laurent les raves poussent grosses comme un pain. Il s’agit, bien entendu des grands pains de seigle d’environ 20 centimètres de diamètre.) et à Chambave on dit, le jour de saint Laurent, patron de la paroisse : a sèn Loé la gran-a ou tsapé (À la Saint-Laurent, le grain de raisin au chapeau.)

La Saint-Laurent est certainement la date la plus riche en tradition et elle est même une date juridique : les propriétaires de certains alpages devaient donner aux vachers le « fruit » concordé avant cette date.

Le mois d’août est aussi un mois de dévotion pour la Sainte-Vierge, en particulier. Au lac de Saint Grat, à Valgrisenche, à Machaby d’Arnad, à Fontintes de Saint-Rhemy-en-Bosses, à Verdonaz sur Oyace, à Cunéy de Saint-Barthélemy, au lac Misérin de Champorcher, le 5 août, jour de Notre-Dame-des-Neiges, des processions montent, souvent bien au-dessus des 2000 mètres, demander à la Vierge un bon hiver avec suffisamment de neige pour les besoins de la campagne, sans, cependant, devoir pâtir des inondations ou des avalanches meurtrières. Le 10 août les Cogneins rejoignent, au sanctuaire de saint Besse, les fidèles du val Soana. Le 14, les habitants de Châtillon, Pontey et Champdepraz montent sur le Barbeston. Le16 c’est la procession à Retempio sur Pont-Boset, voulue par Jean-Baptiste Cerlogne et celle des Cogneins à Tsa-Planaz. Le même jour, nous avons les processions en l’honneur de saint Roch à Chevrères de Champdepraz et celle à la pointe Chaligne des fidèles de Gignod et de la colline d’Aoste. Dernières survivances d’anciens cultes de la Déesse Mère, comme quelqu’un l’écrit ? Peut-être…Mais aussi témoignages d’une dévotion simple et sincère qui a traversé les siècles pour arriver jusqu’à nos jours. Après la canicule, les travaux deviennent moins pressants et l’on s’achemine lentement vers l’automne. À la Saint-Barthélemy (24 août) le repas de l’après-midi est effacé des rythmes quotidiens : la nuit descend tôt et la pause alimentaire supplémentaire n’a plus de raisons d’être.

[cml_media_alt id='249']Saint-Grat. Donnas, Monteil, église de Vert, 2008[/cml_media_alt]

Saint-Grat. Donnas, Monteil, église de Vert, 2008

Le mois de septembre s’ouvre avec la fête du saint patron du diocèse : saint Grat (7 septembre). À Valgrisenche, où saint Grat est aussi le patron de la paroisse, le jour de la fête était une sorte de anticipation des douceurs de l’automne : on achetait du prièi, petit vin blanc, fait d’un cépage précoce et on piochait les premières carantine, petites pommes de terre qui se forment en quarante jours, considérées une véritable friandise. La Saint-Grat annonçait aussi l’importance de la nouvelle récolte de châtaignes, aliment de base, dans la Basse-Vallée surtout : se la tsastagna e pa levà a Sain-Grat, a leva pa mas (Si la châtaigne n’est pas formée à la Saint-Grat, elle ne se formera plus.)

La Saint-Michel (29 septembre) sanctionnait la fin de l’été avec la désalpe des vaches, après une centaine de jours d’alpage : le vatse, sèn Bernar lé prèn, Sèn Metsè lé rèn (Saint Bernard les prend et saint Michel les rend.) Ainsi, les grands troupeaux se défont, les vaches regagnent leurs petites étables des villages et s’apprêtent paisiblement à affronter l’hiver. Mais pour l’homme, les grands travaux ne sont pas encore terminés.

L’automne opulent et le long hiver

La Saint-Michel marque aussi le commencement des grandes pluies automnales : lo plodzà de Saint-Metzé et lo ploà di s-épouse Manquon jamé(14)La pluie de saint Michel et les larmes des épouses ne manquent jamais. Un peu par tout, en France, le jour de saint Michel est indiqué comme pluvieux. Selon la croyance populaire, l’équinoxe d’automne est le moment des grandes pluies.

Il faut donc veiller les humeurs du temps et profiter des belles journées pour achever les vendanges. Mais il faut se méfier de saint Gal (Le calendrier valdôtain fête saint Gal, évêque d’Aoste, le 5 octobre. Ailleurs, un autre saint Gal est fêté le 16 octobre.): quand saint Gal (5 octobre) coupe le raisin, c’est mauvais signe pour le vin(Dans le calendrier valdôtain on fête saint Gal, évêque d’Aoste. Ailleurs on fête, le 16 octobre, un autre saint Gall, avec deux l celui-là : saint Gall abbé irlandais du VIIe siècle, dont la renommée n’est pas meilleure puisqu’on dit que le vin de saint Gall, n’est jamais un régal…)

[cml_media_alt id='260']Saint Michel, Brissogne, Vaud, 2012[/cml_media_alt]

Saint Michel, Brissogne, Vaud, 2012

Le début d’octobre est le moment aussi de labourer les champs, où les conditions climatiques permettent les semailles automnales : de Saint-Michel à Toussaint, le labour en train.

Notre-Dame du Rosaire (7 octobre), comme la Saint-Bernard, la Saint-Laurent et la Saint-Michel, est une autre date juridique. Par exemple, à Valgrisenche, c’était au Sèn Rozéro qu’entrait en exercice la vaine pâture, c’est-à-dire le droit de paître le bétail librement, sans tenir compte de la propriété. C’était alors l’occasion de fondre les petits troupeaux familiaux jusqu’à l’arrivée de la neige, avec une bonne économie de personnel.

Et c’est vers l’hiver que la tradition populaire regarde désormais : Saint Denis (9 octobre) nous dit comment sera l’automne… : se fé bon a sèn Denì, lo restàn l’é eun bon òoutón … Et l’hiver aussi : « s’il pleut à saint Denis, tout l’hiver aura la pluie ». (La même remarque est attestée en Lorraine.)

La Saint-Luc est une autre date limite dans le calendrier valdôtain.(Ce saint est, ailleurs, fêté le 1er septembre.) À partir de ce jour, la neige tombée au dessus de 1500 mètres, à l’ombre surtout, ne fond plus et les montagnes se retrouvent soudainement blanchies pour annoncer l’hiver imminent : « à Saint-Luc la pluie au vallon, fait la neige sur le mont.

Et plus en bas, à partir de la Saint-Luc, il devient inutile de semer quelque ce soit : à sèn Luc vagna pomé ou te vagne pe gnén »(15)À la Saint-Luc, si tu sèmes, tu le fais pour personne.. Saint Luc était le protecteur de ceux qui allaient gauler les châtaignes, métier dangereux, et, à Perloz, pays à châtaigne par excellence, les habitants ne manquaient jamais la messe ce jour-là…

La Toussaint est une fête de famille, intime et recueillie : la veille les familles se rendent au cimetière fleurir les tombes de leurs morts et ce lieu du souvenir devient une fête de couleurs. Après le souper, on laissait sur la table desservie un bol de châtaignes rôties et un verre de vin pour les défunts qui cette nuit là reviennent sur terre. La Toussaint est la fête aussi des carillonneurs. Ils font le tour des familles de qui ils reçoivent du vin et des châtaignes qu’ils partageront avec les amis pendant la nuit de veille qu’ils passeront à sonner en branle.

C’est après la Toussaint que reprennent les veillées nocturnes au péillo (Autrefois, c’était la seule chambre chauffée, par un poêle, justement.) ou à l’étable. Le travail ne manque pas cependant, mais le rythme devient moins saccadé et les activités sont généralement à l’abri : à l’étable, à la cave, au moulin, au four…

Les dernières foires sont à la Saint-Martin, apôtre des Gaules (11 novembre). On essaye de vendre le bétail surabondant et l’on en achète si l’on juge que le fenil est suffisamment plein pour nourrir une tête de bétail en plus. Parfois, à la Saint-Martin, le temps accorde encore les dernières rayonnées de soleil tiède mais cela ne dure jamais longtemps : lo tsôté de Sèn Martén i due trèi dzor é tchècca. (L’été de saint Martin dure trois jours et quelques.)

Le vigneron goûte le vin nouveau et fait ses premières évaluations sur les qualités du produit. Et il pense déjà au dernier grand travail qui l’attend : c’est le temps de moudre : a la sèn Marteun, bèi lo bon veun é lèicha l’éve pe lo moleun (À la Saint-Martin, bois le bon vin et laisse l’eau pour le moulin.)  Le soleil a perdu sa vigueur et ne fond plus la neige d’en haut. Ainsi, les torrents son presque secs mais, désormais, la terre n’a plus soif. Le peu d’eau qui y coule encore, de fertilisant de la terre devient force motrice pour tourner les meules. Il faut que le blé soit transformé en farine parce qu’à la Sainte-Barbe (4 décembre) on commence à cuire le pain. C’est là un travail qu’on faisait en gaîté, jour et nuit, une famille après l’autre pour ne pas laisser refroidir le four.

[cml_media_alt id='254']Sainte Barbe. Saint-Pierre, église, 2014[/cml_media_alt]

Sainte Barbe. Saint-Pierre, église, 2014

Les femmes à préparer la pâte et à pétrir, les hommes à enfourner et à transporter les pains cuits au séchoir. Et après une fournée, vite une autre : il fallait faire le pain pour toute l’année car seulement les plus riches pouvaient se permettre de panifier plus d’une fois par an. C’est en faisant le pain qu’on acquiert pleine conscience que l’hiver est arrivé. Normalement, à la Sainte-Barbe, la neige a déjà recouvert la campagne puisque : sènta Catereunna mèine sa fareunna. (Sainte Catherine amène sa farine. C’est-à-dire, la neige.) Et si sainte Catherine ne fait pas son devoir c’est saint André (30 novembre) qui y pense. Et la neige à novembre est destinée à rester jusqu’au printemps : la neige de saint André, peut cent jours durer… (La même remarque est attestée en Berry-Bourbonnais.)

À moins que la vèntéya ( Vent chaud qui descend des montagnes et souffle en hiver, foehn.) ne commence à souffler… Cela ferait lever la température et fondre la neige en plein hiver, phénomène fréquent mais pas pour cela considéré normal. Et tout avantage mal acquis se paie, le moment venu : a Tsaleinde le moutseillon, a Pâque le llasón  (Les moucherons à Noël, les chandelles de glace à Pâques.)Le cycle de l’an se conclut avec des jours de fête : les 12 jours allant de la Noël à l’Epiphanie. Le parcours de l’année agraire est bouclé. Mais une autre année va immédiatement recommencer : toujours égale, toujours différente. C’est l’éternel retour…

Bibliographie

Abry Christian, Devos Roger, Raulin Henri, Les sources régionales de la Savoie, Fayard, Paris 1979.

AVAS, La mémoire des hommes Tomes I et II, Aoste 2002.

Bénichou Hélène, Fêtes calendaires : les rythmes du temps, Mercure de France, Paris 1992.

Bertotti Mario, Documenti di storia canavesana, Enrico, Ivrea (To) 1979.

Bertotto Silvio, Tradition païenne et culte païen au sanctuaire de saint Besse en Val Soana, in « Le Flambeau » n° 115, Aoste 1985.

Bétemps Alexis, Le temps des secrets : la médecine traditionnelle en Val d’Aoste, dans « Médecines et secours en montagne », Musée Grenoblois des sciences médicales, Grenoble 1998.

Bétemps Alexis, Sous l’aile protectrice des saints, Imprimerie Duc, Aoste 2006.

Camos Noël, Noèl de Pola ou vie, maximes, présages de Camos Natale (par les soins de sa fille Noémie), in “Bulletin du Centre d’Etudes francoprovençales” N.35, 1997.

Canestrier Paul, Fête populaire et tradition religieuse en pays niçois, Serre, Nice 1985.

Careggio Alberto Maria, La religiosità popolare in Valle d’Aosta, Aosta 1995.

Colliard Lin, Notre ancien calendrier valdôtain, in « Le Flambeau » n°1, Aoste 1977.

Concours Cerlogne, École élémentaire de Donnas, École élémentaire de Aoste-Excenex, Écoles maternelle et élémentaire de Bionaz, École élémentaire de Perloz, École élémentaire de Villeneuve,

École élémentaire d’Ayas, École élémentaire d’Aymavilles, École élémentaire de Valtournenche, École élémentaire d’Étroubles, École maternelle de Saint-Denis, 1984.

Concours Cerlogne, École moyenne de Brusson, École moyenne « Don Bosco » de Châtillon, École élémentaire de Cerellaz, Avise, École élémentaire de Epinel, Cogne, École élémentaire de Challand-Saint-Anselme, École élémentaire de Runaz, Avise 1995.

Concours Cerlogne, Ecole élémentaire de Valgrisenche, École élémentaire de Champdepraz, École élémentaire de Challand-Saint-Anselme, École élémentaire de La Thuile, École élémentaire de Verrès, École élémentaire de Nendaz (Valais CH) 1999.

Concours Cerlogne, École Moyenne de Nus, 2004.

Concours Cerlogne (publication), La fête patronale, Aoste 1992.

Granier Monica, La cultura tradizionale di una comunità valdostana: il ciclo dell’anno, vol. 1 e 2, tesi di Laurea, 1995-1996.

Jorio P., Burzio G., Tra streghe possibili e santi improbabili, montagne vere, Priuli e Verlucca, Ivrea (To) 1988.

Metz Jules, Croyances, légendes et dictons de la pluie et du beau temps, Laffont, Paris 1990.

Musée d’Etroubles, Du blé au pain, Aoste, 1987.

Papone Paolo, Les martyrs de la Légion thébaine. Historique du culte en Vallée d’Aoste, Conférence tenue à l’Académie Saint-Anselme, Aoste 2006.

Rendu Louis, Mœurs et coutumes de la Savoie du Nord au XIXe siècle, CARE, Grenoble 1978.

Van Gennep Arnold, Le culte populaire des saints en Savoie, in “Archives d’ethnologie française”, 1973.

Notes

1 Brel, La Vallée d’Aoste au fil des jours, Priuli e Verlucca, Ivrea Torino 2006.
2 À la Sainte-Lucie, les jours croissent comme une fourmi.
3 À la Saint-Antoine une bonne heure
4 À l’Epiphanie, seulement un petit peu
5 Bétemps Alexis, Il y avait autrefois les Rois…, in “Le Monde Alpin et Rhodanien”, C.A.R.E., Grenoble 2005.
6 Les informations sur le calendrier des bergers me viennent de l’ami Pierre Dubuis, historien médiéviste, professeur aux universités de Lausanne et de Genève, que je remercie.
7 S’il neige le jour de la Saint-Antoine, la récolte des pommes de terre sera bonne.
8 La même remarque exactement est attesté en Lorraine et en Bourgogne.
9 Le jour de la Saint-Ours, l’ours met à sécher sa paillasse. S’il fait mauvais temps, il ne se cache plus et l’hiver est fini ; s’il fait beau temps, il rentre dans son trou et pendant quarante jours l’hiver continue.
10 Lajoux Jean-Dominique, L’homme et l’ours, Glénat, Grenoble 1996.
11 Si le jour de la Chandeleur, le bœuf mouille son sabot (donc, il fait mauvais temps), l’ours ne met pas sécher son paillasson et le printemps s’approche.
12 Si le bœuf marque de son sabot le passage, la ménagère peut ouvrir les bras : En d’autres mots : si le jour de la Chandeleur il fait doux et humide on peut être plus généreux lors de la consommation du fourrage puisque l’hiver ne sera pas long et les économies ne sont plus nécessaires.
13 Si le jour de la Chandeleur le temps est lumineux et serein, conserve bien la paille et le foin. Cette remarque est attestée un peu partout en Vallée d’Aoste.
14 La pluie de saint Michel et les larmes des épouses ne manquent jamais. Un peu par tout, en France, le jour de saint Michel est indiqué comme pluvieux. Selon la croyance populaire, l’équinoxe d’automne est le moment des grandes pluies.
15 À la Saint-Luc, si tu sèmes, tu le fais pour personne.