in “Mythologie Française” N. 209, actes du colloque d’Aix-en-Provence de la Société Mythologique Française de 2001, in Mythologie française N.209, 2002.
Repris par Le Flambeau N. 184, Aoste, 2002.

L’un des personnages légendaires les plus suggestifs que l’on retrouve dans les Alpes est sans doute l’Homme Sauvage. L’intérêt qu’il a suscité auprès de nombreux hommes de lettres, plus qu’auprès des chercheurs, est donc facilement explicable. Ce marginal qui dans sa physionomie a conservé des traits animalesques, qui s’installe près de l’homme tout en rencontrant des difficultés à socialiser avec lui, porteur de savoirs mystérieux qui suscitent la convoitise et, en même temps, la méfiance, il est particulièrement présent dans l’imaginaire collectif des populations alpines, mais son aire de diffusion va bien au delà de nos montagnes, en Europe et même ailleurs(1)Voir à ce propos: Premoli Beatrice (préparé par), L’Uomo Selvatico in Italia, Museo delle Arti e Tradizioni popolari, Roma.. Dernier des nomades, ancêtre des populations permanentes, épave d’un âge d’or mythique, héritier de savoirs perdus, trait d’union et séparation entre le passé et le présent, pour des raisons mystérieuse il prend contact avec la nouvelle société de cultivateurs dont il expérimente l’écart culturel qui, finalement, l’exclura.

Dans ma communication, je me bornerai à vous présenter l’Homme Sauvage de chez nous, du Val d’Aoste, tel qu’il ressort de quelques témoignages oraux inédits et de récits déjà publiés, dans la presse locale en général. J’ai tenu compte aussi de deux versions du Canavais voisin vu leur parenté étroite avec les témoignages valdôtains(2)Le corpus sur le quel se base mon analyse est composé des sources suivantes qui, pour la Vallée d‘Aoste, représentent tous les témoignages actuellement connus. Ce tableau devrait permettre au lecteur d’identifier les témoignages auquel on fait allusion dans le texte. Pour les coordonnées précises des documents, consulter la bibliographie. Le récit semble s’être mieux conservé dans la Basse-Vallée, près du Piémont. La seule exception, Valsavarenche, n’est qu’apparente puisque cette vallée, par le col Nivolet, est en contact direct avec Ceresole, dans le Canavais : Breuil (Valtournenche), in G. Corona, édité en 1882 ; Breuil (Valtournenche) in A. Zenatti, édité en 1886 ; Canavais, témoin : Nigra Costantino, in G. Giannini, édité en 1890 ; Valsavarenche, témoin : Dégioz Valdina, L. Blanc, Phonothèque Brel, 1969 ; Champorcher, in I. Minet, manuscrit, 1970 ; Emarèse, manuscrit, 1971 ; Cheneil (Valtournenche), in Bocazzi-Varotto, édité en 1978 ;Rueglio, in G.Plazio, édité ; Arlaz (Montjovet), témoin : Laurent Rose, E.Lagnier, Phonothèque Brel, 1982 ; Hône, Phonothèque Brel, 1982 ; Bonavesse (Arnad), M. L.Noro, Phonothèque Brel, 1982 ; Challand-Saint-Victor, témoin : Perron Anselme, J. Voulaz, Phonothèque Brel, 1984; Valsavarenche, in A. Zanotto, édité en 1988 ; Champdepraz, témoins : Creux Esther, in G.Ciardullo, édité en 1994 ; Perloz, témoin : Genot Anna, C. Jaccod, édité en 1995..

Quand le vent souffle et, malgré le soleil, il fait froid, on dit encore chez nous « fé lo tèn de l’ommo sarvadzo », il fait le temps de l’Home Sauvage. L’Homme Sauvage, par le biais d’expressions idiomatiques, fais donc encore partie du quotidien valdôtain. Mais, de nos jours, le souvenir de récits sur cet héros culturel a presque disparu de la mémoire des anciens qui pourtant possèdent encore souvent un bon répertoire de récits de magie ou de contes facétieux(3)Dans les Alpes Orientales, le souvenir est beaucoup plus vivant et chaque vallée a son Sauvage avec une panoplie de récits.. Et même ceux qui ont encore su nous parler de l’Homme Sauvage, nous ont fourni des témoignages fragmentaires, bien que cohérents entre eux. Ensemble, ils composent une mosaïque qui se révèle davantage à chaque tesselle qu’on ajoute. Cette situation avait déjà été soulignée par Plazio, dans les années 70, lors de son enquête à Rueglio, dans le Canavais, à quelques kilomètres de la Vallée d’Aoste à peine(4)Voir Plazio Giancarlo. et nous fait raisonnablement penser, qu’à l’origine, nous devions avoir une sorte de saga, un ensemble de récits, plutôt que un récit étiologique unique.

L’Homme Sauvage est grand, presque un géant. Son corps est recouvert de longs poils qui le préservent du froid . Il porte la barbe et les cheveux longs, roux au Breuil. Il est toujours nu et ne porte pas de chaussures pour se protéger les pieds, chose assez extraordinaire pour un habitant de la montagne. Il est très agile et rapide à la course, rien qu’à Rueglio il est présenté gauche dans ses mouvements (5)A Rueglio, on l’appelle Ourçat. Le lien avec l’ours explique sa démarche chancelante et souligne la relation de « parenté » avec un autre personnage fréquent dans l’imaginaire populaire alpin. En Vallée d’Aoste, l’ours avec son dompteur, est l’un des protagonistes du carnaval de la Combe Froide. Voir à ce propos, Bétemps Alexis, Il carnevale della Combe Froide, in Le Maschere e i Corpi, percorsi e ricerche sul carnevale, ed. dell’Orso, Alessandria, 1999.. Il parle un langage inconnu, mais, petit à petit, il apprend aussi celui des hommes (Breuil).

Personne ne sait d’où il vient : il est arrivé un jour et s’est établi dans un endroit solitaire, toujours en altitude, au dessus des villages habités toute l’année. Il s’abrite sous une caverne naturelle, une barme comme on l’appelle dans les Alpes occidentales, plus rarement une cabane qu’il s’est construit lui-même, comme au Breuil. Rien qu’à Perloz on le présente comme un nomade qui revient périodiquement chez les hommes. Il passe son temps à chercher sa nourriture (Valsavarenche), herbes, fleurs et racines (Breuil) mais, le plus souvent, il est berger de chèvres, activité peu considérée dans une société où l’élevage des vaches est prédominant. Il connaît son métier puisque son troupeau est particulièrement prolifique et ses chèvres bien grasses (Hône).

Très réservé, il ne cherche pas spécialement la compagnie des hommes avec qui, cependant il se montre toujours gentil et disponible à la collaboration. Bien que chevrier, il sait s’y prendre avec les vaches aussi : c’est lui qui sauve le troupeau d’un voisin, isolé dans une étable au dessus d’Emarèse, après une grande chute de trois mètres de neige ! Méfiant, il a une attitude prudente face aux nouveautés mais sa curiosité naturelle, à la fin, a toujours le dessus, malheureusement pour lui, le plus souvent. Face aux choses qui sortent de sa logique et qu’il n’arrive pas à comprendre ou à maîtriser, il réagit brusquement. A Rueglio, ayant rencontré un paysan qui soufflait sur ses doigts transis pour se réchauffer il en a été surpris. Mais quand, peu après, il l’a vu souffler sur la soupe bouillante pour la refroidir, il s’en est allé claquant la porte et déclarant qu’il ne voulait pas rester avec qui pouvait produire le froid et le chaud avec la même bouche !

Doué d’une sensibilité météorologique particulière, il sait prévoir le temps, capacité qui lui assure un grand avantage par rapport aux hommes. A Bonavesse d’Arnad, on le voit faucher son blé encore vert. Les paysans de l’endroit rient de lui. Mais quelques jours après, à la veille de la moisson, une pluie torrentielle tombe pendant plusieurs jours et détruit tous les champs de céréales. Si pas d’autre, l’Homme Sauvage a pu rentrer au fenil son blé vert qu’il utilisera comme fourrage pendant l’hiver tandis que les hommes ont tout perdu.

Mais sa notion de temps s’écarte de celle des hommes. Pour lui, pluie et soleil font le beau temps, probablement puisqu’ils sont favorables à la végétation. Le mauvais temps c’est le vent froid qui souffle, casse les branches des arbres, arrache les fleurs aux arbres fruitiers et courbe les moissons. Pour lui « Can i piut, i piut, can i nei, i nei ; mais quand i fei lo ven i fei cruei ten … » (6)Quand il pleut, il pleut, quand il neige, il neige ; mais quand le vent souffle il fait mauvais temps… Voir dans « Corona… » Le même dicton a été relevé à Rueglio par Plazio, en Piémontais.

Ainsi, les journées de vent, il se cache sous sa barme ou dans sa cabane et ne sort pas le nez dehors parce que « …quan l’ie tchica l’oua sopèngnie cice pèi é lo fret èntroe pe la tsér et llu restoe mal. » (7)« … quand il y avait un peu de vent, il soulevait ses poils et le froid pénétrait dans sa cher et lui souffrait. » nous explique le témoin de Valsavarenche. Une fois, à Arlaz, sur Montjovet, le vent a soufflé pendant huit jours. L’homme Sauvage est resté à l’abri pendant tout ce temps avec ses chèvres qui sont toutes crevées de faim. Et dire qu’il avait su sauver le troupeau de vaches isolées par la neige au dessus d’Emarèse, pas loin d’Arlaz !

Cette conception différente du mauvais temps est aussi à l’origine de malentendus avec les hommes. Quand l’Homme Sauvage se charge de porter au pâturage les chèvres d’un berger de Hône, son voisin d’alpage, il précise qu’il assurera ce service rien que quand il fait beau. Un jour de pluie, le berger monte à la hâte de Hône où il avait passé la nuit pour relayer l’Homme Sauvage et le trouve au pâturage, tranquille, puisque pour lui le temps était beau !

Les savoirs de l’Homme sauvage sont essentiellement liés à l’agriculture : il prévoit le temps, sait le bon moment pour les semailles (8)Voir Boccazzi-Varotto. et, surtout, il connaît le procédé de transformation du lait, aliment précieux mais difficile à conserver. Il n’est pas jaloux de ses connaissances et il les partage volontiers avec les hommes qui vont le voir ou qu’il rencontre. Il leur apprend donc à séparer la crème du lait pour faire le beurre, puis à séparer le lait maigre du petit lait pour faire le fromage et enfin, à séparer le petit lait pour faire le séré et libérer le dernier sous-produit du lait, la recuite (9)En réalité, en Vallée d’Aoste, on applique deux chaînes de transformation légèrement différentes dans la première partie. L’une, celle décrite prévoit la fabrication du beurre de crème et du fromage maigre ; l’autre prévoit d’abord la fabrication de la fontine, fromage gras, puis, à partir de la brousse, le beurre de brousse, plus maigre et moins prisé que celui de crème..

La connaissance de cette nouvelle technologie va révolutionner l’économie des éleveurs : grâce à l’Homme Sauvage, ils résolvent le problème de la conservation du produit, problème particulièrement aigu dans les régions de montagne où la saison improductive est très longue, apprennent à le diversifier en beurre, fromage et séré, sans compter les produits intermédiaires comme le lait caillé et la brousse, et il leur reste encore la recuite et le babeurre pour engraisser les porcs.

Les récits sur la révélation de la technologie du lait de la part d’êtres extraordinaires, sont bien répandus dans les Alpes occidentales : en Savoie et dans le Dauphiné sont les fées qui la révèlent aux hommes et à Saas-Almagell, dans le Valais alémanique, ce sont des nains (10)Voir Abry. Les éleveurs apprécient les nouvelles connaissances, ils en profitent sans hésitations, mais ils ne sont pas, pour cela particulièrement reconnaissants envers l’Homme Sauvage.

Malgré les bénéfices reçus, malgré les relations apparemment amicales qui se sont établies, pour les cultivateurs, l’Homme Sauvage reste un marginal, un minoritaire dont on se méfie et, à l’occasion, on se moque volontiers. Ils n’ont pas de grands reproches à sa charge : on prétend qu’il refuse de s’intégrer avec les habitants du lieu au Breuil et, à Challand-Saint-Victor, où les éleveurs lui ont confié des troupeaux de chèvres, ils se plaignent du fait que les chèvres, à la fin de l’été, boudent la compagnie de leurs maîtres, se trouvant mieux avec l’Homme Sauvage. Mais plus que des raisons de plainte, ce sont-là des prétextes.

Les jeunes sont les plus intolérants. D’abord ils rient de lui quand il réagit d’une manière non conforme aux règles de la majorité, puis ils passent aux plaisanteries, même plutôt grossières comme celle de lui chauffer la pierre où il a l’habitude de s’asseoir(11)Voir Plazio.. Et puisqu’il ne se laisse jamais approcher de trop près, ils décident de le capturer pour l’examiner de près et, éventuellement lui arracher quelques informations utiles. Mais l’Homme Sauvage est rapide à la course et malgré de nombreuses tentatives, ils n’arrivent pas à l’attraper. Ils décident alors de recourir à la ruse. Pendant la nuit, ils cachent, dans un buisson près de sa grotte, une paire de chaussures toutes neuves, du pain, du fromage et du vin. Le matin, quand l’Homme Sauvage se réveille, il voit les chaussures, mais, méfiant, il les repose. Puis, il aperçoit les aliments. Tout content, il mange et, rassuré, il boit le vin, boisson qu’il ne connaissait pas encore. Rendu hardi par l’euphorie alcoolique, après plusieurs essais (12)Il essaie de les mettre aux mains, puis aux coudes, aux genoux et, enfin, aux pieds. Voir Perron., il arrive à mettre les chaussures. A ce moment, les jeune cachés quelque part, bondissent et vont à sa poursuite. Le manque d’habitude aux chaussures et les effets de l’alcool, freinent la course de l’Homme Sauvage qui tombe prisonnier des jeunes (13)l’alpage de Mévonne, en Haute-Savoie, des charpentiers gravent la forme de chaussures dans une bille de bois. Un jeune « sauvage », curieux, introduit ses pieds dans le creux et il en reste prisonnier. Voir Abry.. Capturé, il sera mis en prison selon le témoin de Champorcher ou confiné dans une ferme pour qu’il apprenne à vivre comme les agriculteurs pour celui de Valsavarenche.

Déçu, humilié et fâché, il décide alors de s’en aller pour toujours. Mais la raison du départ de l’Homme Sauvage n’est pas aussi précise dans toutes les versions : dans dans la plupart des cas, il est simplement dit que, fatigué des railleries ou des tentatives malhonnêtes des hommes pour lui ravir des savoirs, un jour, il décide de s’en aller. Et en s’en allant, il fait savoir aux hommes qu’il ne leur révèlera point le dernier secret pour la transformation du lait, à partir de la recuite (14)Les récits savoyards et valaisans, avec les fées et les nains pour protagonistes, ont à peu près le même dénouement.. Un seul témoignage nous précise la nouvelle destination de l’Homme Sauvage : il s’agit du récit du Breuil, recueilli par Corona, le plus ancien, qui nous apprend que l’Homme Sauvage se rend à Cogne où il dévoilera aux habitants des secrets pour l’exploitation (coltivazione en italien. Le lien avec l’agriculture est évident) des mines de fer. Mais là non plus, il ne restera pas longtemps, dégoûté par l’ingratitude des hommes.

Ainsi, la dernière étape du processus de transformation du lait, restera pour toujours inconnue aux éleveurs des Alpes (15)En Suède, à partir de la recuite on fait du beurre (messmor) et du fromage (mesost). En Suisse, on extrait du lactose. Voir Abry.. Mais quel était-il ce sous-produit refusé ? Sur quatre récits valdôtains qui en parlent, nous avons trois réponses différentes : dans deux il s’agit de la cire (Hône et Valsavarenche), comme dans les récits piémontais et français ; au Breuil, le plus anciennement récolté, il s’agit du sucre comme dans quelques témoignages savoyards, et à Perloz de l’or, comme dans les récits du nord de la Suisse (16)Voir Abry..

Au refus du dernier secret, au Breuil, l’Homme Sauvage ajoute une malédiction : pour obtenir le sucre de la recuite, il aurait fallu utiliser une belle fleur parfumée qu’on ne trouve qu’à l’altitude des alpages : la nigritelle (17)Dans plusieurs variétés de francoprovençal valdôtain, la nigritelle conserve dans son nom le souvenir de ses anciens pouvoirs : fiour de la cayà à Estoul (Brusson), calleretta à Champorcher, caillera à Pilaz (Fontainemore), caïrà à They (Lillianes), cailla à Perloz. A Saint-Oyen, on l’appelle fleur de l’euntsantemen, fleur de l’enchantement. Et l’enchantement est justement celui de faire cailler le lait. Pour cela voir Lavoyer Ivo, Glossologie et flore des Alpes, Aoste, 1994. La femme sauvage de l’alpage de Mévonne, en Haute-Savoie, semble attribuer le pouvoir de faire cailler le lait au serpolet. Voir Abry.. Et bien, cette fleur maudite acquiert les vertus contraires à sa nature initiale et sa présence près du lait , l’empêche de cailler (18)Voir Abry..

Le pouvoir de changer les vertus des plantes avait déjà été exercé par l’Homme Sauvage en d’autres occasions. A Challand-Saint-Victor et à Chamdepraz on raconte qu’après avoir goûté pour la première fois le vin, offert par les hommes en signe d’amitié, il demande le nom de la plante qui est à l’origine de ce liqueur. Les hommes, n’ayant pas compris ses intentions et craignant une malédiction répondent : « Les ronces  » (19)Effectivement, on pouvait faire une sorte de vin avec les fruits des ronces, les petites mûres sauvages. A ce propos, voir Pession Anselmo, Anciennes recettes et remèdes de nos ancêtres, in Le Flambeau N.178, Aoste, 2001.. L’Homme Sauvage dit alors : « Que les ronces puissent mettre facilement des racines partout où elles se posent ». Chose qui se vérifie normalement. Là aussi, les cultivateurs ont raté une bonne occasion pour être sincères.

Bibliographie

Abry Ch., Joïsten A., Abry-Daffayet D., Croyances techniques. A propos d’un puzzle ergo-étiologique entre les Alpes et la Scandinavie, in Mélanges dédiés à la mémoire de Roger Devos, Annecy, 1997.
Bétemps Alexis, L’homme sauvage en Vallée d’Aoste, in “Nouvelles d’Avise” N.66, Aoste, 1987.
Boccazzi-Varotto Attilio, Racconti della stalla, Ivrea, 1975.
Bravi Ferruccio, Fra mito e sogno. Alle origini delle leggende alpine, Centro Studi Atesini, Bolzano
Buratti Gustavo, L’Uomo Selvatico:preziosità di un mito, in Les êtres immaginaires dans les récits des Alpes, Aoste, 1996.
Cappa Giulio, Leggende dell’Uomo Selvatico tra Valle d’Aosta e Canavese, in L’Uomo Selvatico in Italia, Roma, 1986.
Centini Massimo, Il Sapiente del bosco. Il mito dell’uomo selvatico nelle Alpi, Milan, 1989.
Centini Massimo, L’Uomo Selvatico, Milano, 1992.
Ciardullo Giuseppe, Champdepraz, Aoste, 1994.
Corona Giuseppe, Aria di monti in Valtournenche, Milano 1882.
Dégioz Valdine (témoignage de) par Luigina Blanc, BREL, Valsavarenche, 1969.
Gatto Chanu Tersilla, Il fiore del leggendario valdostano, Aoste, 1988.
Giannini Giovanni, L’uomo selvaggio, Lucca, 1890.
Jaccod Cristina, Mémoire de licence, Université de Turin, 1997.
Minet Irene (témoignage de) par Bétemps Alexis, Champorcher, 1970.
Perron Anselme (témoignage de) par Voulaz Jean, Brel, Challand-Saint-Victor, 1984.
Plazio Giancarlo, La cera, il latte e l’Uomo Selvaggio, Torino, 1979.
Premoli Beatrice, L’uomo selvatico in Italia, Roma, 1986.
Togni R. L’uomo selvatico nelle immagini artistiche e letterarie. Europa e arco alpino (secoli XII°-XX°), San Michele all’Adige, Trento, 1988.

Notes   [ + ]

1. Voir à ce propos: Premoli Beatrice (préparé par), L’Uomo Selvatico in Italia, Museo delle Arti e Tradizioni popolari, Roma.
2. Le corpus sur le quel se base mon analyse est composé des sources suivantes qui, pour la Vallée d‘Aoste, représentent tous les témoignages actuellement connus. Ce tableau devrait permettre au lecteur d’identifier les témoignages auquel on fait allusion dans le texte. Pour les coordonnées précises des documents, consulter la bibliographie. Le récit semble s’être mieux conservé dans la Basse-Vallée, près du Piémont. La seule exception, Valsavarenche, n’est qu’apparente puisque cette vallée, par le col Nivolet, est en contact direct avec Ceresole, dans le Canavais : Breuil (Valtournenche), in G. Corona, édité en 1882 ; Breuil (Valtournenche) in A. Zenatti, édité en 1886 ; Canavais, témoin : Nigra Costantino, in G. Giannini, édité en 1890 ; Valsavarenche, témoin : Dégioz Valdina, L. Blanc, Phonothèque Brel, 1969 ; Champorcher, in I. Minet, manuscrit, 1970 ; Emarèse, manuscrit, 1971 ; Cheneil (Valtournenche), in Bocazzi-Varotto, édité en 1978 ;Rueglio, in G.Plazio, édité ; Arlaz (Montjovet), témoin : Laurent Rose, E.Lagnier, Phonothèque Brel, 1982 ; Hône, Phonothèque Brel, 1982 ; Bonavesse (Arnad), M. L.Noro, Phonothèque Brel, 1982 ; Challand-Saint-Victor, témoin : Perron Anselme, J. Voulaz, Phonothèque Brel, 1984; Valsavarenche, in A. Zanotto, édité en 1988 ; Champdepraz, témoins : Creux Esther, in G.Ciardullo, édité en 1994 ; Perloz, témoin : Genot Anna, C. Jaccod, édité en 1995.
3. Dans les Alpes Orientales, le souvenir est beaucoup plus vivant et chaque vallée a son Sauvage avec une panoplie de récits.
4. Voir Plazio Giancarlo.
5. A Rueglio, on l’appelle Ourçat. Le lien avec l’ours explique sa démarche chancelante et souligne la relation de « parenté » avec un autre personnage fréquent dans l’imaginaire populaire alpin. En Vallée d’Aoste, l’ours avec son dompteur, est l’un des protagonistes du carnaval de la Combe Froide. Voir à ce propos, Bétemps Alexis, Il carnevale della Combe Froide, in Le Maschere e i Corpi, percorsi e ricerche sul carnevale, ed. dell’Orso, Alessandria, 1999.
6. Quand il pleut, il pleut, quand il neige, il neige ; mais quand le vent souffle il fait mauvais temps… Voir dans « Corona… » Le même dicton a été relevé à Rueglio par Plazio, en Piémontais.
7. « … quand il y avait un peu de vent, il soulevait ses poils et le froid pénétrait dans sa cher et lui souffrait. »
8. Voir Boccazzi-Varotto.
9. En réalité, en Vallée d’Aoste, on applique deux chaînes de transformation légèrement différentes dans la première partie. L’une, celle décrite prévoit la fabrication du beurre de crème et du fromage maigre ; l’autre prévoit d’abord la fabrication de la fontine, fromage gras, puis, à partir de la brousse, le beurre de brousse, plus maigre et moins prisé que celui de crème.
10, 16, 18. Voir Abry.
11. Voir Plazio.
12. Il essaie de les mettre aux mains, puis aux coudes, aux genoux et, enfin, aux pieds. Voir Perron.
13. l’alpage de Mévonne, en Haute-Savoie, des charpentiers gravent la forme de chaussures dans une bille de bois. Un jeune « sauvage », curieux, introduit ses pieds dans le creux et il en reste prisonnier. Voir Abry.
14. Les récits savoyards et valaisans, avec les fées et les nains pour protagonistes, ont à peu près le même dénouement.
15. En Suède, à partir de la recuite on fait du beurre (messmor) et du fromage (mesost). En Suisse, on extrait du lactose. Voir Abry.
17. Dans plusieurs variétés de francoprovençal valdôtain, la nigritelle conserve dans son nom le souvenir de ses anciens pouvoirs : fiour de la cayà à Estoul (Brusson), calleretta à Champorcher, caillera à Pilaz (Fontainemore), caïrà à They (Lillianes), cailla à Perloz. A Saint-Oyen, on l’appelle fleur de l’euntsantemen, fleur de l’enchantement. Et l’enchantement est justement celui de faire cailler le lait. Pour cela voir Lavoyer Ivo, Glossologie et flore des Alpes, Aoste, 1994. La femme sauvage de l’alpage de Mévonne, en Haute-Savoie, semble attribuer le pouvoir de faire cailler le lait au serpolet. Voir Abry.
19. Effectivement, on pouvait faire une sorte de vin avec les fruits des ronces, les petites mûres sauvages. A ce propos, voir Pession Anselmo, Anciennes recettes et remèdes de nos ancêtres, in Le Flambeau N.178, Aoste, 2001.